FESTIVAL D’AVIGNON : AMOS GITAÏ, YITZHAK RABIN, CHRONIQUE D’UN ASSASSINAT ANNONCE

amos

Amos Gitaï : Yitzhak Rabin : Chronique d’un assassinat annoncé – Cour d’Honneur du Palais des Papes 10 juillet à 22h.

La cour du Palais des Papes, ce soir du 10 juillet, faisait figure de terre promise à l’écart de l’effervescence tonitruante générée par la finale du championnat d’Europe de football qui se déroulait à la même heure. Pour l’atteindre, il fallait jouer des coudes et fendre la masse compacte de spectateurs agglutinés devant une forêt d’écrans. Mais lorsqu’on l’eut rejointe, elle nous donna accès à un moment d’exception. Celui où, dans le silence d’une mémoire qui se dévide au rythme de lectures sensibles bercées par les préludes de Jean-Sébastien Bach, les notes de Monteverdi, les mélodies égyptiennes et une lamentation de Ligeti, se reconstruit le passé et renaît la conscience de l’humanité.

A partir des témoignages ô combien émouvants de Leah Rabin (veuve du premier ministre israélien assassiné le 4 novembre 1995 à Tel-Aviv sur la Place des Rois d’Israël par un étudiant proche des milieux d’extrême droite – et soutien affiché d’un certain Benyamin Netanyahou), s’énonce dans la nuit d’Avignon ce qui, au-delà du drame humain personnel vécu en direct par son épouse, continue plus de vingt après à transformer le Moyen Orient en terre de guerre. Ce jour-là, ce fut la paix qui fut assassinée sous les balles de ce fanatique chauffé à blanc (mais ses balles, elles, étaient bien réelles…) par les harangues haineuses de l’actuel premier ministre israélien – au pouvoir depuis mai 1996, comme si l’Histoire était frappée d’un démentiel oubli.

Le gouvernement israélien en place n’a de cesse de falsifier – faute de pouvoir l’effacer des tablettes de la loi – cet épisode qui entache à jamais la crédibilité de celui qui indirectement est à l’origine de la liquidation du prix Nobel de la paix 94, récompense suprême obtenue par son prédécesseur eu égard à l’ardeur qu’il déploya pour conclure les accords d’Oslo de 1993. Ces promesses de paix sont devenues depuis lettres mortes.

Alors pour symboliser que la Paix entre Israéliens et Palestiniens n’est pas une chimère monstrueuse mais au contraire une réalité possible, deux actrices, l’une française palestinienne, Sarah Adler, l’autre arabe israélienne, Hiam Abbass, sont réunies autour de la même table pour dire le texte d’Amos Gitaï, architecte d’origine, et qui « construit » maintenant la mémoire de son peuple – si douloureuse soit-elle.

La lecture du témoignage réécrit par Amos Gitaï à partir des mots de Leah Rabin est doublement hissée au rang de performance artistique par la mise en jeu d’une pianiste et d’une violoncelliste d’exception qui, accompagnée d’un chœur, sert d’écrin mélodieux aux nécessaires paroles. Prises dans ce flux musical et poétique d’une grande douceur, ces paroles résonnent, au-delà de la dureté insoutenable des faits qu’elles rapportent, comme un hymne à la paix.

Soirée unique (une seule « représentation ») comme pour marquer qu’il s’agit bien là d’un témoignage porteur d’un espoir essentiel et non d’un spectacle destiné à « faire théâtre ». Oui, certes, mais lorsque le Théâtre – ici la mythique Cour d’Honneur) – se fait caisse de résonnance des conséquences mortifères résultant des dérives criminelles d’un Etat condamné à nombreuses reprises par l’ONU pour non-respect du droit international (la liste complète des résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU qu’Israël a refusées de respecter est impressionnante), il joue pleinement son rôle, celui de lanceur d’alerte.

Porteur d’un immense espoir de paix entre Israéliens et Palestiniens – héritiers de la même terre – et messager d’un amour adressé personnellement sur scène à son peuple – peuple qui ne doit surtout pas être confondu avec ses dirigeants actuels – l’Israélien Amos Gitaï réalise là au travers de cette forme « unique » une performance à qualifier de geste artistique essentiel.

Yves Kafka

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN