FESTIVAL D’AVIGNON : ENTRETIEN AVEC MAËLLE POESY

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L’indécision : le moteur de l’action. Entretien avec Maëlle Poésy

Ceux qui errent ne se trompent pas de Maëlle Poésy et Kevin Keiss, d’après l’adaptation de La Lucidité de José Saramago. 6/7/8/9/10 juillet, théâtre Benoît-XII.

Ceux qui errent ne se trompent pas. Un spectacle créé à partir du roman La Lucidité, de l’écrivain portugais José Saramago, prix Nobel de littérature en 1998. Il avance différents scénarios possibles, en admettant que le vote blanc l’emporte massivement le jour des élections...

Inferno : Comment avez-vous matérialisé le doute, l’indécision, thèmes récurrents de La Lucidité de J. Saramago sur le plateau de théâtre ?
Maëlle Poésy :
C’est un travail sur le mouvement, le corps qui traverse l’espace. Cette recherche est pour moi permanente. La scénographie l’illustre, elle est extrêmement mouvante. Elle est inhérente au tourbillon cauchemardesque dans lequel les personnages s’enferrent.
On essaye de montrer le « on » et le « off » du discours politique. Quel serait-ce à quoi on n’a jamais accès dans la vie ? Quelles sont les discussions qui peuvent avoir lieu dans un conseil des ministres, au moment d’une situation de crise, comment sont-elles décidées ?
À quel moment sont-elles prises et pourquoi ? Donc, le travail de la pièce repose sur les discours médiatiques et politiques qui vont lorsqu’il y a des décisions ou qui précèdent les décisions.
Quant à la forme, elle est très précise à l’endroit de la rythmique, la langue. Elle cherche à transmettre des idées, les rendre les plus appréciables possible. Pour moi, le théâtre devient un art populaire lorsque la forme est exigeante et sert une recherche de fond.

Inferno : Pouvez-vous nous parler de la transition du livre à son adaptation au théâtre ?
Maëlle Poésy :
Il y a un réel travail de transformation effectué pour que cela puisse être adapté au plateau. Depuis Candide de Voltaire, on travaille à deux avec Kevin Keiss sur ces fils qu’on souhaite tirer du roman. On invente des personnages supplémentaires, tout en étant très proches des thématiques du livre. Mais en réalité, il est impossible d’éprouver la théorie sur un corps de la même manière qu’un conte philosophique le fait. Il faut trouver comment rendre vivant et incarner l’écriture, le débat d’idées. C’est tout le travail d’adaptation opéré en amont de la pièce par Kevin.

Inferno : Peut-on développer cette idée d’errance présente dans votre travail et dans le spectacle ?
Maëlle Poésy :
J’aime l’idée que l’errance, la marche aussi, produisent de la pensée ou du doute. Le doute est le contraire de ce qu’on pourrait croire à première vue. C’est peut-être justement une façon d’éviter l’erreur, le stéréotype. Ce spectacle d’ailleurs peut-être vu à la manière d’un éloge du doute. Cela va contre les certitudes, les choses qu’on ne veut plus remettre en question. Pour la doxa l’errance ou la remise en question de soi et du monde est présentée à la hauteur d’un état de faiblesse. Or je pense qu’à l’inverse, ce peut-être une réelle force pour n’importe qui, mais surtout pour la société d’errer. Le fait de prendre une mauvaise direction par exemple est souvent l’occasion de s’interroger sur cette nouvelle opportunité.

Inferno : Pour vous en quoi la question du vote blanc qui traverse le roman de José Saramago : La Lucidité fait-elle écho à la situation politique actuelle ?
Maëlle Poésy :
La question politique principale porte essentiellement sur la capacité de se remettre en question. C’est-à-dire que face à cette situation de vote blanc que développe l’auteur, il y aurait beaucoup de possibilités au niveau des réactions.

Mon but avec ce spectacle est que l’on se questionne à propos des choses acquises, voire certaines. J’aime utiliser l’aspect « contre ». Ici cela passe par une forme fantastique assez proche d’un réalisme magique… Pour nous c’est une bonne façon d’interroger, de prendre du recule autour de ce à quoi on assiste tous les jours. Cette manière d’envisager la représentation, je l’avais testée avec l’adaptation de Candide. À chaque fois le désir de mettre en commun des questionnements avec les spectateurs et créer du partage d’idées, a émergé.

Propos recueillis par Quentin Margne.

Photo J.L. Fernandez

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