BIENNALE DE LYON : « CORPS REBELLES », MUSEE DES CONFLUENCES

corps-rebelles

CORPS REBELLES – Exposition au Musée des Confluences – 17ème Biennale de danse de Lyon.

Un mouvement de pensée.

Si vous passez par Lyon, ne ratez pas cette magnifique exposition proposée dans le cadre de la 17ème Biennale de danse et imaginée par la journaliste Agnès Izrine qui en a été la commissaire.

S’il faut s’y rendre, c’est d’abord pour visiter le Musée des Confluences lui-même ; ce lieu tant attendu est à la hauteur de nos espérances. Il abrite un ensemble de collections tout à fait originales et qui constituent le fonds permanent du Musée.

Ensuite, il faut y aller car, dans la catégorie des expositions temporaires, celle proposée au public par la Biennale de danse de Lyon – mais qui perdurera jusqu’au mois de mars 2017 – marquera sans doute la vie du Musée.

Imaginée pour donner au visiteur toutes les clés, voire les fondamentaux de la danse de ces dernières années, elle apporte son lot d’informations et précipite les plus férus dans la nostalgie d’une époque qu’ils ont traversée.

La scénographie nous plonge dès l’entrée dans le noir. Après le kakemono donnant les classiques repères chronologiques, munis d’un casque et d’un récepteur qui reçoit – à coup sûr – les ondes Bluetooth, on entend les musiques et commentaires des films. Se détache alors plusieurs spots, sorte de stations qui rassemblent photos et films.

Six sont proposées pour mieux comprendre l’art chorégraphique à savoir « la danse virtuose », « la danse vulnérable », « la danse savante vs la danse populaire », « la danse politique », « la danse d’ailleurs », « Lyon, terre de danse » et « les sacres du printemps ».

Dès le début, on est saisi par la performance technologique de cette installation qui traduit à la fois la modernité de l’ensemble mais aussi celle de la danse toujours en pointe dans son approche technologique.

« Le danseur passe sa vie à apprendre, parce qu’il sait que la danse, comme la vie, est en perpétuel devenir », lit-on dès l’entrée. Cette citation de Merce Cunningham, dont l’esprit plane dans toute cette exposition, tant son rôle a été majeur dans le développement de la danse contemporaine mondiale, donne aussi le ton du propos de cette rétrospective de 100 ans de danse.

Si les danses virtuoses ont un temps satisfait l’élite sociale qui se contentait d’apprécier seule l’excellence comme la qualité d’un mouvement, la danse « vulnérable » va la supplanter et la surpasser au point de pouvoir déclarer la fin des danses « savantes » au profit d’une intrusion de plus en plus importante des danses « populaires », naguère bannies par les églises. C’est avec le dépassement de cette limite que la danse « politique » va prendre le dessus, au point que les chorégraphes vont dès les années 1960 se méfier de la récupération par le pouvoir en place des danses monumentales et cesser d’utiliser les unissons, les danses de groupes callées parfaitement sur la musique symbolisant pour eux l’ordre militaire voire le fascisme.

Très vite le corps va devenir le centre de nombreux projets, lui faisant subir nombre d’expériences dont on peut voir le résultat dans des films particulièrement puissants dans cette exposition.

C’est aussi avec la nécessité de lutter contre le racisme, la domination, la marchandisation et la répression que les danses d’ailleurs vont prendre toute leur place dans la danse contemporaine. Cette gestuelle résolument nouvelle impose une autre façon de se mouvoir qui devient commune, qui prend le pas sur le classicisme, pour preuve la prédominance du hip-hop sur nos scènes qui détrône y compris la danse contemporaine et donne un coup de vieux à la danse classique.

Il faut poursuivre la visite dans le studio attenant à l’exposition et regarder les vidéos des cours de Merce Cunningham ou la reprise par Les Carnets Bagouet de So Schnell à L’Opéra de Paris.

« Le danseur contemporain ne joue pas un rôle, ne représente rien que lui-même mais incarne la singularité d’une écriture chorégraphique » dit Olivia Grandville dans le beau documentaire de Marie-Hélène Rebois qui a suivi tout le processus de reprise de So Schnell. Magnifique déclaration qui vient clore une exposition imaginée au Québec mais adaptée en enrichie pour l’occasion. A ne rater sous aucun prétexte.

Emmanuel Serafini

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