CHRISTINE ARMANGER, « EDMONDE ET AUTRES SAINT(E)S »

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Christine Armanger – Edmonde et autres saint(e)s – 21 – 22 septembre 2016 – Micadanses dans le cadre du festival Bien faits.

Une forte odeur d’encens remplit le studio Noces de Micadanses. Christine Armanger y officie, nue, enveloppée dans la pénombre. Des bougies disposées sur le sol délimitent l’espace ouvert sous la verrière. Le frémissement de leur lumière rouge, chancelante, accompagne les chants mystiques qui s’élèvent dans la nuit. L’entrée en matière est pour le moins saisissante. Les spectateurs ne parviennent pas encore à reprendre leur sens qu’Edmonde les prend en charge, grand visage angélique projeté sur une toile de fond, les accueille d’un franc « Bonjour les pèlerins ! »

Ses tutoriels font fureurs sur le web, déchainent des passions en tous genres. Dans la lignée des artistes telle Cindy Sherman, la jeune performeuse et chorégraphe s’est créé un alter ego qui lui permet d’explorer différents aspects de l’identité féminine, avec un faible, dans cette nouvelle création, pour des martyres de la tradition catholique. Sainte Agathe, Sainte Lucie, Sainte Wilgeforte seront convoquées une à une sur le plateau. Pourtant la première apparition qui inaugure ce calendrier hagiographique contemporain est placée sous le patronage de Saint Sébastien. Le trouble dans le genre introduit par les représentations à l’érotisme à peine voilé de ce corps transpercé de flèches n’a pas échappé aux historiens d’art. La première recommandation du tutorial d’Edmonde vise à dissimuler ses attributs féminins.

Le jeu entre voilé et dévoilé, explicite et suggestion est mené avec une grande habilité tout au long de la pièce. Christine Armanger parvient à maintenir un savant équilibre entre les différents ingrédients de cette création, entre le pathos et la charge du rituel nourri par l’imagerie religieuse scrupuleusement étudiée et l’adresse directe, empreinte d’un comique de situation évident, de l’esthétique internet. La chorégraphe excelle dans la création d’atmosphères baroques et d’images complexes, aux multiples niveaux de lecture. Elle incarne des présences hybrides et imagine des mises en scène qui, tout en interrogeant le penchant vers le supplice de certains épisodes de la tradition chrétienne, pourraient faire pâlir une maitresse accomplie telle Catherine Robbe-Grillet.

Cycle annuel du calendrier ecclésiastique, temporalité différée de l’enregistrement vidéo, égrainé en épisodes autonomes, performativité ancrée dans l’instant du geste qui explore l’histoire des représentations, toutes ces dimensions s’entretissent sur le plateau. Leur synthèse s’opère complètement dans le dernier tutoriel dédiée à Sainte Wilgeforte tourné en direct devant les spectateurs. La mise en abime est salutaire. Après les flèches de Saint Sébastien, les tenailles de Sainte Agathe, la ceinture de chasteté qui fait craquer des allumettes dans l’obscurité de Sainte Lucie, Edmonde nous entretient sur les vertus — les propriétés bien physiques — du fil de fer agrémenté d’aimants qui soutient la barbe de l’apprentie qui s’intéresse à l’histoire de cette sainte alémanique du 17ème siècle. Un coup d’extincteur enfin et Edmonde traverse l’écran qui porte son effigie partagée entre l’extase, le supplice et le clin d’œil, et disparaît derrière l’image.

Nous attendons avec impatience le prochain rendez-vous d’Edmonde avec ses martyres attitré(e)s.

Smaranda Olcèse

Photo Salim Santa Lucia

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