BIENNALE DE LYON : CHRISTIAN RIZZO, « LE SYNDROME IAN »

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Envoyé spécial à Lyon.
LE SYNDROME IAN – Christian Rizzo – Biennale de danse de Lyon 2016.

Saudade.

Le Syndrome Ian est le troisième volet de la trilogie imaginée par le chorégraphe Christina Rizzo autour des danses populaires. On a déjà pu voir D’après une histoire vraie et Ad Noctum. Cette nouvelle pièce, créée au Festival Montpellier danse, vient clore une aventure où la danse d’auteur est confrontée à la danse anonyme, celle de tout un chacun et notamment, ici, celle que l’on voit dans les boîtes de nuit.

Le plateau est sombre. Un groupe est au centre de la scène. Ils sont uniformément habillés de T-shirts blancs, et d’un pantalon noir. Un personnage immobile, dans un costume fait de longues franges noires est en contrepoint. On distingue clairement des tâches lumineuses suspendues dans l’espace qui forment une sorte de voûte céleste, un peu comme lorsqu’on observe le ciel loin de la ville et dont le scintillement ébloui dans la nuit.

La pièce commence par des danses chaloupées, loin du clubbing qui sous-tend le projet. Il y a une sorte de langueur, des moments d’abandon. Les danseurs évoluent en slow, deux par deux. Les mouvements semblent suspendus au lieu d’être engagés comme dans une boîte de nuit. Il n’y a pas cette énergie destructrice vue dans les clubs. Il y a, au contraire, tout au long de la pièce, une retenue, une maîtrise. Cette sensation est accentuée par les fumées qui viennent de ces trois étoiles lumineuses juchées sur des roulettes et qui constituent la seule scénographie de la pièce. C’est comme si les corps évoluaient dans un rêve où tout semble plus lent, plus détaché… le meilleur moyen de symboliser le souvenir d’une époque révolue et aimée.

Le Groupe Cercueil n’a pas cherché à introduire du Joy Division dont le leader, l’épileptique Ian Curtis, est à l’origine du titre de la pièce. Des « lignes de basses, des voix » forment la musique de cette chorégraphie qui n’a pas le pouvoir magique et envoûtant de D’après une histoire vraie où les batteries et la danse formaient un tout, avec un espace parfaitement cadré par un tapis blanc qui donnait à l’ensemble une justesse absolue. Là, l’image est belle mais ne semble pas communier avec la danse.

Dans Le Syndrome Ian quelque chose manque. L’espace de l’Opéra de Lyon semble presque trop grand pour cette pièce dont on voudrait voir chaque détail. Les danseurs, tous parfaits, semblent retenir leurs gestes. Il faudra attendre le solo final pour goûter enfin ce qu’aurait pu être cette pièce si…

Christian Rizzo clôt ainsi un cycle au moment où il arrive à la tête du Centre Chorégraphique National de Montpellier, où il disposera d’autres moyens. Il aura un autre temps pour mener ses créations. Espérons que le poids de cette institution ne viendra tarir son talent et son inspiration car il est de loin le créateur le plus doué de sa génération. Celui qui attache une importance et réussit parfaitement à maîtriser l’image de ses spectacles, qui sont parfois plus des installations que des chorégraphies.

Emmanuel Serafini

photo Marc Coudrais

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