BIENNALE DE LYON : BOUCHRA OUIZGUEN, « CORBEAUX »

corbeaux-de-bouchra-ouizguen

Envoyé spécial à Lyon.
CORBEAUX – Bouchra Ouizguen – Biennale de Danse de Lyon 2016 /09-23-16 (Première en France)

Le fou proche du sage.

En plein air ou dans un lieu clos autre qu’un théâtre, Bouchra Ouizguen a rassemblé, pour la première fois en France, près d’une vingtaine de femmes vêtues de noir, la tête couverte d’un voile blanc.

D’abord regroupées, elles se dispersent dans l’espace pour se faire face ou se tourner le dos. Très vite, elles vont entonner un chant en faisant aller leur tête de haut en bas, le tout dans un vacarme de plus en plus intense au point qu’on pense à des rassemblements d’animaux, aux cris stridents tels ceux des réserves ornithologiques… Ces mouvements de têtes, tels des marteaux piqueurs, semblent ne pas vouloir s’arrêter, lançant ces femmes dans un état de transe certain.

La chorégraphe Bouchra Ouizguen tente de nous faire partager ainsi des scènes de Lila, un ensemble de rituels nocturnes et musicaux pratiquées dans les confréries soufies d’Afrique du Nord tels que les Aïssawas à l’occasion de la célébration de la naissance du Prophète. Dans la musique marocaine, le Lila se subdivise en quatre ou six selon le contexte. La scansion répétitive du nom de Dieu progresse au fur et à mesure de la transe. Souvent ses rituels sont accompagnés par de la musique (les fameux Gnawa) ou par des frappes dans la paume des mains.

Est-ce que tous ces codes nous manquent pour apprécier vraiment cette performance, sans doute.

La sincérité de la démarche de la chorégraphe marocaine Bouchra Ouizguen n’est pas en doute car on connaît, à travers son travail présenté aussi bien en France qu’au Maroc et dans le reste du monde, la puissance de son propos mais, le fait est que Corbeaux peut laisser indifférent tant il est détaché du contexte, de la réalité de ce que ces femmes ont sans doute vécue lors de leurs séjours à Issawas, d’autant que, en plein jour et en plein soleil, la question de la transe n’opère pas comme en pleine nuit dans un village du Maroc.

Un moment bref qui n’a pas atteint tous ses objectifs mais qui confirme la stature incontournable de la chorégraphe dont la présence à la 17ème Biennale de Lyon est le témoignage.

Emmanuel Serafini

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