BIENNALE DE LYON : OLIVIA GRANDVILLE, « COMBAT DE CARNAVAL ET CARÊME »

grandville

Envoyé spécial à Lyon.
COMBAT DE CARNAVAL ET CAREME – Olivia Grandville – Biennale de danse de Lyon 2016.

Paysage après la bataille.

Après Foules, une pièce pour cent personnes, Olivia Grandville se relance dans une grande entreprise, celle de vouloir faire vivre, sans l’illustrer, sans tomber dans la simple statutaire mobile, un chef d’œuvre de la peinture du moyen-âge, Combat de carnaval et carême de Brueghel l’ancien. Ambitieux projet donc que de faire vivre un tableau pendant une heure vingt…

Lorsqu’on regarde la toile de Pieter Brueghel, elle contient tous les codes des peintures de son époque : une perspective qui se cherche encore avec un premier plan qui sert d’avant-scène, des personnages et des maisons de la place du village au lointain qui semblent un décor qui met en valeur le premier plan. Il y a des trognes qui nous paraissent étranges, des costumes et des masques – on est au Carnaval ! – qui trahissent la déraison du moment. Il y a des objets aujourd’hui disparus, des points de couleur, mais l’ensemble reste dans un ton beige – marron rehaussé par ce rouge du chariot sur le devant du tableau.

La bonne idée d’Olivia Grandville est évidemment de ne pas illustrer purement et simplement le tableau en cherchant à copier costumes et postures corporelles ; non, elle donne à entendre, par le truchement d’une voix off, une analyse de la peinture par l’historien Claude Gaignebet qui décrit avec force détails toute la toile, si bien que même si on ne l’a jamais vue de sa vie, elle nous semble familière tant la description est précise, fine et permet assez vite à la chorégraphe de se défaire du tableau pour lancer les dix danseurs – pas moins ! – dans un enchevêtrement d’actions qui s’enchaînent comme on déviderait une pelote de laine, les unes répondant aux autres… On se doute que les danseurs, tous appareillés d’écouteurs, reçoivent des instructions qui enrichissent la composition de l’écriture.

Pour garder le côté aride des peintures de l’époque, Olivia Grandville privilégie un plateau nu avec un sol brillant et doré. C’est la bande-son du génial Olivier Renouf qui introduit quelques éléments des Quatre saisons qui finit de donner ce goût ancien contre – balancé par une installation lumineuse d’Yves Godin, un peu comme celles de Claude Lévèque. Suspendue dans les cintres, ce cable lumineux occupe et éclaire tout l’espace. La modernité du propos, son encrage dans notre temps vient de là et des costumes qui sont de facture contemporaine avec tout de même quelques académiques bariolés qui ajoutent de la couleur.

Olivia Grandville aime composer dans l’espace. Avec cette pièce, elle confirme son sens de l’écriture. La danse débute à l’avant-scène et suit la description de Claude Gaignebet pour, petit à petit, s’en détacher, suivre un développement dans le sens des aiguilles d’une montre et constituer en un amas des corps en action sur toute la surface de la scène.

D’une simple description, les danseurs ne vont retenir que les actions concrètes et s’y tenir : refaire ses lacets, faire le mort, lancer un poids avec conviction…

Les corps agglutinés se chassent, se croisent. Pas de porté. Pas de contacts. Plutôt des postures et des gestes posés.

L’action s’arrête au bout de quarante minutes. Les danseurs se réajustent, reprennent la pose là où ils l’avaient abandonnée et repartent de plus belle.

Alors la danse se réécrit avec des sauts, des bras levés, des lancés de poids, des accolades… Surgit la farine du carnaval : succulent moment où l’on se rappelle ces batailles du Mardi gras. Par instant, ce sont les sculptures de Ousmane Sow qui nous reviennent.

Ce tableau vivant fascine et laisse dans un état contemplatif. Lorsque la sculpture lumineuse touche le sol, on quitte la troupe avec regret… On pensait voir du Moyen-âge tout au long de la pièce et c’est tout un monde, toute une féérie qui nous apparaît. Un moment en suspension, lascif et subtil.

Emmanuel Serafini

Photo Marc Domage

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