ACTORAL 16 : ENTRETIEN AVEC HUBERT COLAS

colas

HUBERT COLAS – ACTORAL 16 à Marseille

Qui mieux qu’Hubert Colas pour scénographier « 2666 », l’immense œuvre littéraire de Bolaño adapté par J. Gosselin, (succès du Festival d’Avignon 2016), quand on sait que l’écriture fait partie intégrante de son univers ! C’est en 2001 qu’il fonde Actoral: le Festival International des Arts et des Ecritures Contemporaines basé à Marseille jusqu’au 15 octobre. Cette année, il se glissera dans la peau d’un chroniqueur radio au côté d’Emmanuel Moreira au Théâtre Joliette-Minoterie (dans le cadre de « Radio », crée par Anne-James Chaton pour la Fondation Louis Vuitton). Ils y inviteront des artistes à échanger autour du thème : « Poésie en Plateau ».

D’où vous est venue l’idée d’Actoral ?
Hubert Colas : De ma compagnie « Diphtong Cie » en fait, à Montévidéo : lieu alternatif à la fois par sa création et par son obtention d’aides des institutions. Il manquait un lieu de résidence d’artistes et de fabrique ainsi qu’un rapport au spectacle vivant. J’ai alors imaginé un espace autour des écritures où romanciers, écrivains, dramaturges pourraient se rencontrer et échanger. Une plateforme qui soit à la fois lieu de résidence pour Montévidéo et de soutien à l’émergence d’artistes en devenir pour Actoral. Ainsi est née l’exposition de ces rencontres. Avec l’idée de recréer de la curiosité auprès d’un public, parfois « effrayé » par le mot contemporain. De sorte qu’il reste ouvert et soit amené sur une zone du sensible. Cela a débuté par un, puis deux week-ends l’année d’après, nous avons grandi comme ça.

Qu’apporte Actoral selon vous ?
Du coup, le challenge fut d’essayer de voir comment la littérature, au sens large, pourrait inspirer un certain nombre d’artistes jusqu’à disparaître du spectacle. Par exemple, Vincent Dupont, chorégraphe et metteur en scène, tomba sur des écrits de Tarkos à Montévidéo qui l’ont inspiré sur une forme. Le texte a alors disparu tout en servant de socle à sa création. J’ai ensuite élargi ce spectre : l’écriture scénique est également une forme d’écriture. Rodrigo García, auteur et metteur en scène, livre des écritures aussi singulières que fortes. Montévidéo et les premières heures d’Actoral ont permis l’inscription de ces écritures spécifiques. Aujourd’hui elles le sont certainement moins car, 15 ans plus tard, ce mouvement-là est entré dans les mœurs. Mais je pense qu’un certain nombre d’artistes, programmateurs et publics se retrouvent encore dans ce que cela représente. Le challenge, pour mon équipe et moi, est de rester à l’éveil du mouvement. L’intérêt de Montévidéo est de sentir que le spectacle vivant et les arts en général sont en perpétuel mouvement…

Comment le passage à l’international s’est-il orchestré ?
En 2007, Marseille fut candidate à l’année européenne de la culture. A l’époque, J’ai rencontré l’équipe qui serait nommée en 2013. Son directeur, Bernard Latarjet, sensible au travail élaboré à Montévidéo, a immédiatement réfléchi à un possible soutien. C’est ensemble que nous avons transformé les rencontres d’Actoral en un Festival International des Arts et des Ecritures Contemporaines. Cela nous a alors permis de rassembler d’autres acteurs culturels de la ville. Et ainsi participer au renouveau de l’après 2013, tout en y apportant aussi une sorte d’apaisement; je fais, là, référence à cette zone paroxystique atteinte par la pression Nord/sud. Le logo en est d’ailleurs la parfaite « illustration ». Il est décliné chaque année avec l’aide de Laurent Garbit, graphiste-artiste. Cette année, il me plait particulièrement car il entre en résonance avec l’actualité en évoquant à la fois l’immigration et les Nations dans sa représentation de tous les drapeaux par les vêtements. Il donne aussi à voir le décollement de différentes directions des arts vivants et de l’art en général.

Un focus « belge » cette année…
Nous avions débuté par le Canada et y faisons dorénavant une Biennale. De cette rencontre avec la création canadienne sur place est née l’envie de faire un retour du Festival de Montréal à Marseille.
L’espace de la francophonie, pour faire entendre la littérature, est un espace assez juste par rapport au festival Actoral. Le hasard fait qu’un mouvement de la jeune création au Canada, en Suisse, et en Belgique existe depuis de nombreuses années et est extrêmement prégnant. De plus, ces trois pays sont particuliers parce qu’en Amérique du Nord, l’influence culturelle des Etats Unis cohabite avec celle de l’Europe, auxquelles s’ajoutent trois communautés. En Belgique, elles sont deux ou trois, sans parler de la Suisse….Ainsi ces pays constituent à l’intérieur d’une nation, une forme d’Europe en elle-même. Recevoir des artistes canadiens, suisses et belges est en cela très intéressant. Ce métissage culturel produit, je crois, une sorte d’écoute particulière. Actoral est le lieu de ce métissage culturel, tout comme Marseille d’ailleurs !

Propos recueillis par Audrey Scotto

NB : Changement de lieu pour Alain Platel « les Ballets C de la B » à la Scène Nationale de Martigues.

Photo Marc-Antoine Serra

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