CATHERINE DIVERRES : « BLOW THE BLOODY OFF ! », UNE FOISONNANTE SOLITUDE

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Blow the bloody doors off ! – Chorégraphie Catherine Diverrès

Il faut toujours beaucoup de courage et d’abnégation à Catherine Diverrès pour qu’elle puisse mener à terme ses projets… Celui – ci n’échappe pas à la règle… Pensez donc, huit danseurs sur scène – et quels danseurs ! – et sept musiciens qui interprètent en direct la musique de ce tout nouvel opus Blow The bloody doors Off ! qui deviendra vite BBDO, acronyme tiré des initiales du titre emprunté au film “American job”.

La principale sensation qui perdure après cette pièce est semblable à celle qu’on garde en tête lorsqu’on voit cet immense dragon animé lors du nouvel an Chinois, apparaissant uni, fait d’un seul bloc, bougeant en rythme mais qui est porté par des individualités fortes, cachées sous ce tissu rouge… Ainsi apparaît BBDO, beaucoup de prises de paroles originales à travers une danse physique et exigeante, comme toujours dans les spectacles de Catherine Diverrès.

La musique débute alors que la lumière éclaire encore la salle. Placés de part et d’autres de la scène, Seijiro Murayama et l’ensemble Dedalus font déjà entendre les cymbales imaginées par le compositeur Jean-Luc Guionnet.

Juché sur le haut d’une table renversée, un danseur domine alors que les autres sont à ses pieds et tiennent l’objet. Un savant déplacement accompagne le mouvement de la table sur scène qui fini par retrouver sa position usuelle. D’un coup, comme dans une pièce de cirque où les êtres et les objets voltigent, huit chaises traversent l’espace, volant au dessus des danseurs qui finissent par s’en emparer…

Et le spectacle devient tout à fait Diverrèsien à l’apparition d’une des deux danseuse, Capucine Goust, remarquable dans le mouvement pur de la chorégraphe. Elle porte une robe couleur chair, scintillante, d’une beauté étrange dans cet ensemble de pantalons et TShirt assemblés par la fidèle Cidalia Da Costa, la reine des costumes de scène…

Figure étincelante, qui fait penser à ces femmes dans les peintures de Chagall qui arrivent à l’horizontal, portée par des danseurs qui semblent à peine l’effleurer. Prodigieux moment qui annonce une pièce captivante.

Vont suivre autant d’images et de sons, tel cet homme masqué d’un bas comme ceux dont on voit affublés les braqueurs ou les terroristes. Première incise de la chorégraphe dans cette actualité violente. Course poursuite de ce danseur aux pantalons et gants rouge sang, il va sans dire. Percussions corporelles de Lee Davern qui fait son entrée (excellent) dans l’univers de la chorégraphe.

Catherine Diverrès met en scène des duos, face à face, tels des combats, des marches scandés par une musique prenante et omniprésente. Une lumière très blanche, proche celle des hôpitaux un soir d’urgence, inonde la scène où des rosas se forment au sol entre la rapidité des gestes et les pas des danseurs.

Saisissant moment quand un miroir porté par un danseur et une danseuse virvolte sur scène faisant apparaître tantôt l’un tantôt l’autre, sorte de métaphore du Ying et du Yang…

Toujours aussi saisissantes et caractéristiques, ces marches glissées, ces apparitions des danseurs qui arrivent des coulissent et y retournent aussi vite. Beaucoup de prises de parole à travers des solis portés par des danseurs engagés dans ce projet. Quelques silences où le corps reprend toute sa place.

Séquence du bâton qui scande à la face, en contrepoint des instruments étranges du percussionniste bientôt en action au lointain…

La scénographie simple du compagnon de route Laurent Peduzzi apporte une dimension très plastique. Il fait alterner de grands gestes picturaux fait de calligraphies jusqu’à cette apparition d’une forme qui rappelle celle d’un foetus lors d’une échographie. Cet aller – retour entre la vie et la mort sous tend ce projet réalisé pendant cette horrible période des attentats et de l’état d’urgence toujours en vigueur.

Ces dos, petit à petit, mis à nus, ces sourires figés diaboliques, pieds en dedans, rappellent la force machiavélique du mal qui rode, perceptible à travers la musique à la sonorité intense, fait de grands coups de batterie et de petites rafales de percussions tels des sifflement de balles… Ce final surtout où tout sonne de façon stridente rappelant les sirènes, les alertes de toutes sortes…

La pièce s’achève sur un homme aux yeux bandés qui va difficilement de cour à jardin, arrêté et relancé par les danseurs qui le guette, sorte de boule de billard jeté dans cette métaphore scénique de la vie imaginée par Catherine Diverrès qui signe là une pièce tout à fait singulière où la théâtralité laisse la place à une danse portée par une musique en parfaite osmose avec son propos, jusqu’à ce bip médical final qui reste longtemps dans l’oreille et rappelle combien la vie tient à ce simple son.

Emmanuel Serafini

Prochaines représentations : 8 février, au Théâtre de Lorient. Le 7 mars, au Volcan, Le Havre. Le 10 mars, à L’Apostrophe, Cergy-Pontoise. Le 2 avril, au TAB, Vannes.

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Blow the bloody doors off – Compagnie Catherine Diverrès – Photo © Caroline ABLAIN

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