COLLECTION LAMBERT : LA FÊTE A COMBAS

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COLLECTION LAMBERT : LES COMBAS DE LAMBERT – 11 décembre 2016 – 5 juin 2017 / CHEFS D’OEUVRE DU MUSÉE ANGLADON – COLLECTION JACQUES DOUCET – 11 décembre 2016 – 26 février 2017 / RÊVEZ ! EXPOSITION ET PRIX YVON LAMBERT POUR LA JEUNE CRÉATION – 11 décembre 2016 – 5 juin 2017. Vernissage des 3 expositions samedi 10 décembre 18h.

Evènement à la Collection Lambert d’Avignon : 300 œuvres de Robert Combas sont exposées dans tout le Musée.

Il faut estimer à sa juste valeur la rétrospective proposée par Eric Mézil, le Directeur de la Collection Lambert d’Avignon et, au moment où Hervé Di Rosa est présenté à la Maison Rouge à Paris, le juste retour des choses que cet autre Sétois d’adoption ait le droit, lui aussi, à sa rétrospective.

Yvon Lambert est sans doute celui qui possède le plus d’œuvres de Robert Combas. Les 300 qui sont exposées permettent aux visiteurs d’apprécier à la fois le rôle du collectionneur dans la carrière du peintre mais surtout l’évolution du style de Combas tout au long de son parcours.

Dans cette immense exposition, on retrouve à la fois les topics du peintre et son affirmation stylistique entre figuration libre et bande dessinée… Et s’il se consacre de plus en plus à la musique avec son groupe Les Sans Pattes, l’exposition qui lui est consacrée démontre le côté hors-normes de ce peintre qui se brisa sans doute lui-même en surproduisant de plus en plus.

Les trois temps forts imaginés par Eric Mézil à la collection Lambert permettent de suivre tout son cheminement à ses différentes époques.

Au début du parcours, la collection présente des œuvres de jeunesse où il se cherche encore et si ce leader du mouvement des « nouveaux fauves » reprend les thèmes qu’on retrouve chez des artistes de cette époque tels que Rémi Blanchard, François Boiron et Hervé Di Rosa, Combas va créer sa propre écriture, affirmer son côté rabelaisien en proposant des œuvres truculentes. Il va contourner systématiquement de noir des couleurs vives, affirmant un style entre art brut à la Gaston Chaissac et bad painting à la Basquiat. Et dans cette série, il faut s’arrêter un moment sur cette émouvante peinture d’Yvon Lambert et sa fille Eve de 1982 qui raconte beaucoup à la fois sur le style de l’artiste et sur sa relation avec ce célèbre galeriste.

Au fur et à mesure qu’on avance dans l’exposition, les effets des substances avalées, aspirées voire même injectées par Combas se font sentir à travers des œuvres très libres, offrant une vision de rêves fous où se côtoient des situations les plus improbables. Il peut d’ailleurs dans toute cette période se saisir de draps, de cartons, de tables, de coussins… tout fait support, tout espace est dévolu à sa peinture… En traversant cette partie de l’exposition, on ressent d’ailleurs le sens de cette phrase de Combas lorsqu’il dit « mon atelier est bruyant » tant ses œuvres sont foisonnantes, saturées, colorées, vivantes, joyeuses, gaies, insolentes et politiquement incorrectes…

Combas est un artiste de son temps qui s’attaque aux problèmes du moment et en laisse trace. Ici le nouveau logo de la Région PACA, là les signes de la profanation du cimetière juif de Carpentras avec des dessins de skinhead, des témoignages de batailles féroces avec les extrémistes… jusqu’à cette banderole réalisée pour la grande marche de protestation suite à l’affaire de Carpentras qui dénote, à travers un phrasé très délié sur la toile, d’une profonde empathie avec le monde.

La troisième partie de cette gigantesque rétrospective va rassembler dans une même pièce des œuvres ayant à voir les unes avec les autres. Ici celles liées à l’érotisme avec ces femmes guerrières, ces amazones qui fascinent le peintre. Plus loin, on trouve sa muse par excellence, sa dernière femme Geneviève qui est gratifiée d’un poème sur fond bleu, touchant, avec cette typographie unique qui fixe définitivement le style du peintre. La salle des célébrités permet de constater son insolence puisqu’il se moque de totem comme De Gaulle et Napoléon sur la même toile.

Quelques pièces de cette exposition jamais montrées fascinent, telle « L’orchestre » avec cette cantatrice chauve découpée et posée sur trépied devant une toile immense représentant un orchestre… magnifiques traces de sa période inspirée par l’art chrétien ou ce christ sur le Golgotha, immense toile qui en impose. On ne résiste pas non plus à ce Saint Lambert, patron de la Ville de Vence d’où est originaire Yvon Lambert et qui a été refusée par l’archevêché mais qui figure bien dans les toiles exposées à Avignon et c’est tant mieux…

Fascinante aussi cette galerie des portraits sur taies d’oreillers où toute la sphère de Combas est représentée jusqu’à ce marchand d’art improbable, Mr Camuffo qui fera tant parler de lui pour son goût sûr et ses choix audacieux.

On prend la mesure de ce qui nous est proposé à l’occasion de cette exposition à Avignon grâce à la salle de la mythologie grecque où la peinture La guerre de Troie (1988) de neuf mètre quatre vingt de long laisse à voir un univers tout à fait étonnant, un parti pris engagé et une gamme de couleurs singulière.

La collection Lambert profite de son exposition d’hiver pour ouvrir ses salles aux chef d’œuvres de la Collection du Musée Angladon. On peut y voir la magnifique « La blouse rose » de Modigliani entourée de masque africains, des Fujita inattendus, des Cézanne, des Degas dans des cadres précieux de l’époque… une incroyable collection d’œuvres d’art brut, d’art moderne et d’art premiers… mais aussi ce Sisley qui amorce toute la période riche et foisonnante de l’impressionnisme… Daumier, Van Gogh, Derain, Manet sont là… ils sont associés pour l’occasion à d’autres chef-d’œuvres légués à la famille Angladon par Jacques Doucet telle cette nature morte de Chardin ou ce portrait d’une femme de Thomas Lawrence, très pure et très sobre pour l’époque. Un petit faible pour « La porte entrebâillée » de Vuillard, toile typique de la période pointilliste, pleine de mystères, puissante dans sa suggestion, imposante dans son cadre d’or aux larges bords.

La générosité de la Collection Lambert va jusqu’à créer un Prix Yvon Lambert pour la jeune création pour les jeunes étudiants des écoles d’art du sud qui permet à Eric Mézil de présenter soixante quinze œuvres de jeunes artistes qui sortent des écoles d’Avignon, Marseille, Aix-en-Provence, Toulon, Arles, Monaco et Sète… ne ratez pas Epigraphie de Colette Yai Inou ou Amiserie II de Ze Wei, toutes deux étudiantes à Marseille… impressionnantes créations de ce qui sera sans doute l’avenir de la collection d’Yvon Lambert qui gardera six de ces œuvres grâce à ce tout nouveau prix. Belle initiative de ce grand collectionneur de mettre en lumière toutes ces écoles fragilisées dans leur existence comme dans leur projet… Et pourtant l’avenir est bien là, avec ces jeunes artistes.

Emmanuel Serafini

Robert Combas, « Enée descend aux enfers », 1988, acrylique sur toile, Donation Yvon Lambert à L’État français / Centre national des arts plastiques / Dépôt Collection Lambert, @ ADAGP, Paris, 2016

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