ENTRETIEN : OLIVIER PY, SAISON II

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FESTIVAL D’AVIGNON : Rencontre avec Olivier Py, autour de la reconduction de son mandat à la direction du Festival jusqu’en 2021.

Inferno : Qu’avez-vous ressenti à l’annonce de votre renouvellement ?

Olivier Py : Une très grande joie. D’abord à titre personnel parce que cela me permet de continuer à vivre dans cette ville encore cinq ans. Et puis au nom de l’équipe aussi, car c’est la reconnaissance du travail que nous avons fait tous ensemble. Ce renouvellement n’est pas dû à ma seule personne…

Vous y attendiez-vous ?
Pour être tout à fait franc, j’aurai été surpris du contraire. Mais rien n’est jamais sûr dans le monde de la décision politique.

Quel est votre bilan de ce premier mandat ?

Une année 2014 extrêmement difficile, peut-être la plus difficile de l’histoire du Festival. Parce que l’année de l’annulation, (2003, NDLR) le Festival a été annulé justement, pardon du pléonasme. Nous avons dû lutter contre cela tous les jours. L’année suivante, nous sommes partis avec un handicap financier dû aux grèves et aux intempéries de 2014. Les deux premières années furent ainsi excessivement dures et le projet que nous avions, ambitieux, en a certainement pâti. Heureusement la troisième année, ce que nous voulions faire a été compris, perçu et applaudi ; je suis content de cela.

Un virage a été amorcé…

Oui, très certainement. Je crois que nous avons réussi à faire entendre deux choses qui me semblent essentielles : la première, que le festival s’adresse à tous, un changement dans le rapport au public s’est ainsi opéré. La seconde, que le Festival n’est pas seulement une liste de spectacles. C’est un événement politique, culturel et social. Les spectacles sont bien sûr centraux mais tout autour, il y a cette fête et ces rencontres qui sont aussi importantes que le Festival. C’est en ça, je crois, que la vision du Festival a évolué. Il est plus en dialogue avec la Cité qu’il ne l’a jamais été. La Cité d’Avignon j’entends. Et puis, j’ai eu la chance de profiter de cet outil formidable qu’est la FabricA et qui nous permet une présence à l’année beaucoup plus grande. En gros, c’est aussi là-dessus que nous allons baser la suite de notre exercice.

D’ailleurs, quels sont vos projets par rapport à la FabricA ?

Ils sont toujours limités par le manque total de moyens. La FabricA n’est pas un théâtre mais je pense qu’il serait intéressant qu’elle le devienne un jour… Elle doit être le bouton qui accroche le Festival à Avignon et Avignon au Festival. Ce que nous avons le mieux réussi, à mon sens, est le lien avec l’Éducation Nationale. La FabricA est bien évidemment un lieu très utile pour les artistes en termes de répétitions et de rencontres avec le public sur toute l’année. Mais le fait qu’elle puisse aussi servir de lien entre la culture et l’éducation nationale m’a toujours tenu très à cœur. Ceci fait partie des bonnes paroles qui sont dites et redites au Festival car celui-ci a besoin de réaffirmer des choses utiles à la République comme celle-là.

Quel est votre meilleur souvenir de ce premier mandat ?

Il y en a tellement! Je dirais Christiane Taubira qui était venue visiter l’atelier que nous avions fait à la prison du Pontet. Ce fut un moment absolument délicieux… Nous étions dans le monde de l’exclusion par excellence tout en étant au Festival grâce aux trompettes d’Avignon entendues sur un Ghetto-Blaster. Cela m’a beaucoup touché.
J’en ai un autre d’ailleurs. Cette fois, les trompettes résonnaient dans le centre de formation où nous jouions Othello. Là aussi, j’ai eu l’impression que nous revenions à l’origine du Festival parce que nous étions dans un quasi dénuement et qu’en même temps tout l’esprit du Festival était là. Nous ne nous adressions pas à un public d’initiés, bien au contraire. Nous avions alors ce sentiment de tout réinventer…

Quels sont vos objectifs pour 2021 ?

Je souhaite accroître encore la diversité sociale dans le public. Chaque année nous y contribuons d’avantage, c’est un jeu de patience, un barrage contre le pacifique mais c’est important. Aussi, que l’interaction avec la ville soit plus pleine et que le Festival ne se limite pas au mois de juillet, qu’il y ait d’autres solidarités créées comme le jumelage avec le collège Anselme Mathieu, le partenariat avec l’ISTS et celui de demain avec la Maison Jean Vilar, les ateliers à la prison du Pontet… Que le rayonnement international du Festival soit toujours aussi important. Et qu’il permette à toute une génération d’artistes d’être reconnue. Rayonnement qui peut aller assez vite d’ailleurs; je pense à Thomas Joly ou à Julien Gosselin. Sans oublier les artistes étrangers tels que les Raoul Collectif, etc.

Question politique: « La Manif pour tous » est à la porte de la prochaine présidentielle, quelle sera votre position si jamais… ?

Je suis fondamentalement, et sans compromis, opposé aux valeurs de l’extrême droite, qui ne sont pas celles de la République. Je ne suis pas du tout d’accord avec M. Fillon concernant son alliance avec la « Manif pour tous », que je ne pense d’ailleurs pas sincère sur ce propos ; pour avoir déjà rencontré l’homme. Il me semble que c’est une stratégie politique qui a bien réussi en l’occurrence… Je reste farouchement opposé à la « Manif pour tous », surtout en tant que catholique. Je la trouve dangereuse car elle donne une image des catholiques déplorable et contraire, qui plus est aujourd’hui, à l’image qu’en donne le Vatican. Ils ont l’air arriérés, réactionnaires, stupides et ils le sont!

Propos recueillis par Audrey Scotto

Portrait : Photo C. Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

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