FESTIVAL D’AVIGNON : « ROBERTO ZUCCO », TRAVAIL D’ATELIER

« Roberto Zucco » au Festival d’Avignon 2017 – mes Yann-Joël Collin – Gymnase du lycée saint-Joseph – les 11, 12 et 13 juillet à 17h.

C’est sous la direction du metteur en scène Yann-Joël Collin que les comédiens de troisième année du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique montent sur les planches de cette 71ème édition du Festival d’Avignon. Pour ce travail de fin de cycle, Yann-Joël Collin a proposé aux élèves de s’emparer du texte issu d’un fait réel de Bernard-Marie Koltès : « Roberto Zucco » ,tueur en série, avec comme prologue à la pièce « Physiologie d’un accouplement » de Didier-Georges Gabily.

Le mot-clé du travail de Yann-Joël Collin et des jeunes comédiens est avant tout l’identité. Une identité éclatée comme un patchwork, insaisissable et sans visage. Les comédiens jouent tour à tour ce tueur en série sans mobile apparent et qui de bout en bout de la pièce ne donne aucune explication à ses gestes. Le prologue de Didier-Georges Gabily permet par ailleurs d’appréhender cette explosion de mots et de sens. Roberto Zucco est présent en chacun de nous, et c’est habilement que le metteur en scène le fait surgir dans les rangs des spectateurs, un assassin lambda, invisible parmi une foule tout aussi diffuse. Yann-Joël Collin ne s’attache pas à la réalité du propos mais plutôt à l’exploration des possibles toujours en mouvances.

On peut sentir toute la fougue et l’envie de ces jeunes comédiens dans cette proposition où chacun a du, sous la houlette du metteur en scène, proposer sa vision de l’horreur et de la désincarnation du tueur. Nous sommes face à « eux » comme face à une multiplicité sans apparence propre, face à ce croquemitaine qui nous fait peur et nous intrigue.

Très peu de décors et d’accessoires sur scène si ce ne sont quelques caméras qui nous permettent soit d’entrer dans l’intimité du jeu du comédien par un plan rapproché, soit de suivre une scène de meurtre se déroulant en dehors de la salle. Etrange sensation pour le spectateur qui devient un « monstre voyeur » l’espace d’un instant.

Ces jeunes comédiens nous bluffent par de tant de talent et de rage de jouer mais il n’en reste pas moins que, contrairement au Radeau de la Méduse mis en scène par Thomas Jolly avec les élèves du TNS lors du Festival de l’an dernier, le travail d’atelier paraît ici plus visible tant la pièce semble découpée en parties distinctes afin de donner un rôle significatif à chacun.

De telles propositions pourraient peut-être à l’avenir être prétexte à un nouvel espace de création du Festival. Pourquoi ne pas proposer dès lors un lieu et un moment pour ces jeunes comédiens qui, portés par leurs pairs, pourraient présenter un travail de fin de cycle et entrer par une porte peut-être moins grande que celle de la Cour d’honneur mais non moins honorable ?

Pierre Salles

Photo C. Raynaud de Lage

Comments
One Response to “FESTIVAL D’AVIGNON : « ROBERTO ZUCCO », TRAVAIL D’ATELIER”
  1. L'Ornitho dit :

    Important que les étudiants aient cette opportunité de présenter leurs travaux. Ça se développe je pense, et on commence à voir des rencontres entre écoles de théâtre, sous forme de collaborations – avec des musées, des Cie de danse …

    Faute – et grâce – à l’absence de grands moyens, les propositions scéniques reposent souvent sur le texte (c’est le but!) plus que le décorum. Zucco est une matière brute de fonderie, qui pose pas mal de questions sur la théâtralité et son traitement. Nous l’avions travaillé à l’INSAS il y a quelques années, sous la direction d’Isabelle Pousseur et le ‘regard’ de Jean-Marie Piemme, pour la / les dramaturgie(s), c’est une pièce qui me pose toujours autant d’énigmes sur ce qu’elle met en jeu, et la manière de la monter. Je l’ai ensuite montée – ça reste un challenge un Koltès, en 18 mois de travail (projet qui mélangeait pros et non pros), je n’ai pas encore résolu les questions qui se posaient à moi depuis l’INSAS (quelques unes quand même!)

    Sacrée écriture pour jouer en tout cas, une machine.

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