AVIGNON : « TRISTESSE ET JOIE DANS LA VIE DES GIRAFES », LA VIE QUI NOUS FAIT GRANDIR

« Tristesse et joie dans la vie des girafes » de Tiago Rodrigues – Mise en scène : Thomas Quillardet – Festival d’Avignon 2017 à la Chapelle des Pénitents Blancs.

Comme une parenthèse au triomphe de « Sopro » de Tiago Rodrigues au Cloître des Carmes, Thomas Quillardet met en scène un autre texte du Portugais présenté sous le sceau de spectacle pour adultes à partir de 10 ans. On peut penser au premier abord qu’il s’agit d’un spectacle pour enfants mais la finesse du metteur en scène permet justement d’élargir le public avec un spectacle à plusieurs lectures, celle de l’enfant et celle de l’adulte. Un panel de spectateurs qui se trouve un peu dans la même position que « Girafe », personnage central de cette pièce, une petite fille de 9 ans, qui est maintenant presque trop grande et trop mature pour son âge mais pas encore assez pour être une ado, dont Tiago Rodrigues nous conte la fugue.

Tiago Rodrigues décrit avec justesse cette petite fille venant de perdre sa mère et oscillant constamment entre son rêve d’enfant et la dure réalité du monde qui l’entoure. Son père est au chômage et ne peut donc plus lui offrir le satellite et sa chaîne préférée Discovery Channe. Impensable pour cette petite fille qui doit justement suivre une émission pour faire un exposé sur les girafes. Girafe va donc partir en ville avec son doudou, un petit ours en peluche qu’elle nomme Judy Garland, afin de trouver l’argent nécessaire pour l’abonnement au câble.

Telle une Alice moderne, Girafe découvre le monde et la vie au gré de ses déambulations dans une Lisbonne en lambeaux et en pleine crise économique. Le metteur en scène va faire grandir sa Girafe de la petite fille naïve à la pré-ado qui n’hésitera pas alors à faire mourir son ami imaginaire, le Mister Hyde sorti de son doudou, qui, comme celui de tous les enfants, ose tout et parle très mal. Il lui donne vie sur scène sous la forme d’un grand ours mal léché joué par le truculent Christophe Garcia. Au fil de rencontres plus improbables les unes que les autres, comme Tchekhov qui lui enseigne l’Art de l’écriture ou encore un premier ministre qui va succomber au chantage de la petite fille. Girafe, plus mature, retrouvera enfin son père et son foyer.

Thomas Quillardet parvient à l’aide de peu d’accessoires à intéresser les plus jeunes, quelques bruitages et quelques bouts de ficelle suffisent à faire voyager petits et grands au cœur de Lisbonne. La comédienne Maloue Fourdrinier interprète cette Girafe avec élégance, malice et fougue en cette Lisbonne désenchantée et hantée par ce froid premier ministre qui succombera au chantage de la petite fille pour écrire une loi scélérate, ou par « panthère », cet homme des rues inquiétant, ou par un flic à l’imparable logique, tous interprétés par le désopilant Marc Berman alors que Jean-Toussaint Bernat joue un père empli d’amour, d’espoir et de bonté.

Thomas Quillardet signe là un spectacle fin et délicat, une expérience unique pour ce jeune public qui découvre le théâtre pour enfants de la plus belle des manières, sans mièvrerie ou bouffonnerie, simplement avec poésie et ces mots justes qui expliquent aux enfants ce qui fait que la vie nous fait grandir mais aussi ce qui nous permet d’aller au-delà du deuil en avançant sans oublier.

Pierre Salles

Photo Festival d’Avignon

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