FESTIVAL D’AVIGNON : « LES SUJETS A VIF » C ET D, AU JARDIN DE LA VIERGE

71e FESTIVAL D’AVIGNON – Les Sujets à Vif – Sujets C et D – Jusqu’au 25 juillet 2017 – 11h et 18h – Jardin de la Vierge, lycée St Joseph.

Comme dans toutes les bonnes caves, la deuxième cuvée des Sujets à Vif est arrivée, si ceux du matin font la part belle à l’expérimentation musicale et sonore, ceux de l’après-midi renouent avec l’enjeu du corps.

La ménagerie de verre.
En fin de matinée, lorsque les bruits de la ville ne sont pas encore trop présents, la chorégraphe italienne Claudia Triozzi et le musicien hongrois David Somlo se lancent dans une performance ou la voix, le son tiennent lieu de prétexte à démontrer les limites et la beauté du langage parlé. Claudia Triozzi surprend, elle qui sait mettre les rieurs de son côté avec des installations visuelles toujours somptueuses et particulièrement élaborées ou qui fait danser force grenouilles baroques, elle se met en scène ici comme une comteuse sonore contemporaine avec tous les topics du genre : bruits répétitifs, voix, sons gutturaux . Elle alterne le français et l’italien pour se moquer d’elle même et jouer de cet Accent « 5 euros pour imiter mon accent et l’approcher » comme si l’objet même de la pièce était une marchandise qui s’achète, une chose monnayable… Elle piétine comme un boxeur dont elle conserve la garde avec ce jeu de jambe, de face ou de profil. Notablement la fréquentation de l’opéra lui a donné l’idée de pousser quelques vocalises lyriques le tout dans une profusion de paroles dites avec énergie, les pieds bien dans le sol… Avec David Somlo qui la suit sans lui faire de l’ombre, elle parsème le sol de petites enceintes desquelles elle approche son micro créant quelques saturations, offrant une œuvre très expérimentale avec des accents contemporains notoires mais qui passent assez bien.

Sonner trompettes éclatantes.
Juste après, c’est Sir Alice et Cristina Kristal Rizzo, italienne tout droit sortie du collectif Kinkaleri qui donnent Untitled Humpty Dumpty. La qualité première de cette proposition réside dans la grande maîtrise corporelle de Cristina Kristal Rizzo qui a dansé aussi bien avec Merce Cunningham que Trisha Brown… Ces bras, coudes repliés, baissés vers la taille puis relevés accompagnés d’un mouvement de tête, cheveux lâchés exécutés parfois rapidement, parfois lentement pour se glisser ensuite dans le sol. Revenir bras tendus, le regard suivant la main, jambes repliées, pointes tendues… C’est très expérimental aussi même si finalement plus dansé, d’une danse plus formelle en tous les cas… Ça ne flatte pas le spectateur mais la rencontre entre elles deux a lieu. Sir Alice, habituée aux installations, tient bien son rôle et apporte avec ces porte-voix le rythme qu’il faut pour suivre le propos.

Une approche holistique.
Un mariage heureux que celui du danseur–circassien Mathieu Deseigne Ravel, Avignonnais et membre du Collectif Naif Production, artiste associé au CDC – Les Hivernales avec le Suisse Michel Schweizer tous deux particulièrement inspirés et drôles avec ce Bâtards qui cache mal une dénonciation des privations de libertés, a commencé par cette invention funeste du fil barbelé… Les deux compères nous baladent tantôt dans cet ancien couvent des Cordeliers et ce désormais mythique Jardin de la Vierge du Lycée St Joseph, tantôt dans des considérations philosophiques, nous recommandant de nous détendre – comme si c’était possible à Avignon, l’été, pendant le festival ! – voire même profitant de l’occasion pour livrer leur maxime « il n’est pas prudent de faire trop de zèle », formule volée à Euripide et qui leur va à ravir… c’est un humour grinçant, dit avec un détachement à la façon de professeurs de collèges, lassés par le sempiternel programme. Les deux amis rient sous cape, Michel Schweizer ne se laisse jamais déstabiliser par les contorsions habiles et belles de Mathieu Deseigne Ravel qui sait jouer des homoplates et écrire avec son dos une histoire sensible ou encore passer en glissant sur le sol d’un tableau de fil barbelé à l’autre. On s’amuse et on pense… que demander de mieux !

Un gros tas sur le petit bout.
On attendait beaucoup de cette rencontre entre Lazare, l’auteur contemporain, et de la danseuse et chorégraphe Jann Galois. Tout deux démontrent ici de leur talent respectif qui n’était pas en doute mais ils pêchent un peu par manque de structure dans leur propos qui se redit souvent, qui exagère tout laissant un mauvais goût alors que tout aurait pu fonctionner, si… Les extraits introductifs de la musique de Arvo Part et les citations – surjouées – de la Princesse Maleine dont le texte a raisonné pas loin pendant le festival cachent mal des failles dans le dispositif. Quand chacun est à son affaire à savoir la danse pour Jann Galois somptueuse interprète, intelligente et subtile chorégraphe et au jeu pour Lazare qui a des faux airs de Philippe Caubère, ça va…

Une édition anniversaire foisonnante, une zone tellurique intense dans un festival qui en manque parfois tant l’enjeu pour tous ceux qui s’y produisent est grand et déterminant pour leur avenir. Espérons que les 21 ans seront aussi prolixes en propositions audacieuses, ce qu’on attend finalement d’un Festival comme Avignon…

Emmanuel Serafini

1 – « Humpty Dumpty » Sir Alice et Christina Rizzo (Sujets C) – 2- « Accents » Claudia Triozzi (Sujets C) – Photos Audrey Scotto

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