« THE GILDED CAGE » : A VENISE, AI WEIWEI PLANTE SA PRISON DOREE AU-DESSUS DU GRAND CANAL

« THE GILDED CAGE » d’AI WEIWEI – Fondazione Berengo – Palazzo Franchetti, San Marco 2847, 30124 Venise – visible jusqu’au 25 novembre 2018.

The Gilded Cage est le titre de la nouvelle oeuvre monumentale d’Ai Weiwei, installée par la Fondation Berengo dans le jardin du Palais Franchetti à Venise, qui accueille lors de chaque Biennale d’Art son fameux « Glasstress », où de nombreux artistes internationaux présentent une oeuvre spécifique réalisée avec le matériau verre, bel exercice de style qui colle à la supposée « tradition » vénitienne, même si depuis des lustres la verroterie de Murano provient directement de Shanghai. Juste retour du boomerang chinois, dirait-on…

Ai Weiwei a gardé du matériau sa subtantifique essence, ce qui le définit le mieux, la transparence, transposant son oeuvre d’acier initialement new-yorkaise comme un malicieux clin d’oeil à la « tradition » vénitienne. Il a donc enraciné là son immense sculpture pénétrable, parfaitement transparente du coup, visible depuis le Grand Canal sur les vaporetti encombrés de béats croisiéristes en goguette, comme elle l’est -superbement- depuis le fameux pont de l’Academia… Cette belle « bête » est en fait une cage dorée, une geôle sophistiquée qui renvoie évidemment à la biographie tourmentée de l’artiste rock-star et à ses multiples déconvenues, souvent douloureuses, avec l’aimable administration chinoise qui n’a jamais hésité une seconde à l’enfermer pour de vrai, comme tout bon dissident qui se respecte…

Ce n’est pas la première fois que l’artiste propose à Venise une de ses oeuvres puissantes. On se souvient notamment de la superbe pièce intitulée S.A.C.R.E.D. évoquant son parcours carcéral, reconstitué dans de drôles de boîtes-cellules, d’où il fallait par un oeilleton tenter d’entre-apercevoir les scènes de sa vie d’entôlé par la dictature chinoise. L’ensemble était magnifiquement présenté dans un église baroque du Castello, lors la 55e Biennale de Venise en 2013*…

Quant à The Gilded Cage, cette oeuvre maximale tient paradoxalement d’un minimalisme épuré. Commandée par le Public Art Fund de New York, elle y fut exposée d’octobre 2017 à février dernier à l’entrée sud-est de Central Park. La voici maintenant élégamment vautrée sur la pelouse de ce joli palais vénitien que n’aurait pas désavoué Canaletto (et peut-être d’ailleurs l’a t’il peint un jour, chi lo se ?). Une oeuvre à la Weiwei, bien couillue mais toujours esthétique -certains diraient un peu trop, emblématique symbole d’une militance sans cesse réitérée qui anime chacune des oeuvres de l’artiste. Politique un jour, politique toujours.

Mais au-delà, cette oeuvre est aussi une référence explicite à ce que vivent les réfugiés du monde entier : la clôture de sécurité, très goûtée des états « forts », surtout ceux gouvernés par les populistes de tout poil, un signal artistique puissant parlant à tous. Son pavillon d’acier, une espèce de volière d’un nouveau type où s’ébattraient symboliquement de drôles d’oiseaux migrateurs, est une structure complexe, constituée d’un anneau interne ceint de cintres d’acier qui le referment sur-lui même. Une partie de cet anneau a été découpée ce qui permet un accès restreint au visiteur, au moyen de tourniquets évoquant ceux du métro et plus généralement ceux bloquant les accès frontaliers. Depuis le dedans de la sculpture, l’impression carcérale est patente, et l’allusion à la frontière métallique évidente.

La cage dorée de M. Weiwei trône donc majestueusement au-dessus du Grand Canal qu’elle semble narguer de son faux luxe ostentoire. Comme à chaque « coup d’éclat » l’artiste utilise la force attractive de la spectacularité pour distiller sa réflexion d’artiste qui tourne presque quasi monomaniaquement autour des notions de répression ou d’enfermement, ce qu’il sait très bien faire et avec talent, même si son côté rock-star en agace plus d’un… N’empêche, Ai Weiwei produit des oeuvres fortes et populaires, parfaitement accessibles et compréhensibles par tous.

Marc Roudier

*LIRE : AI WEIWEI « S.A.C.R.E.D » à l’Eglise Sant’Antonin

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