AI WEIWEI « SACRED » : A LA BIENNALE, LE PIED DE NEZ A LA CHINE DE L’ARTISTE DISSIDENT

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55e Biennale de Venise / AI WEIWEI : « SACRED » / Chiesa San Antonin, Castello / du 1er juin au 24 novembre 2013.

Ai Weiwei est décidément très présent à la Biennale… Outre sa participation à la sélection allemande, l’artiste chinois propose deux installations dans la ville sous le titre générique de «Disposition», l’une dans le Castello, l’autre à la Giudecca, l’île face au Dorsoduro.

A San Antonin dans le Castello, Ai Weiwei présente «Sacred»; soit une installation de six boites-sculptures d’acier surdimensionnées, occupant tout l’espace central de l’église. «Sacred» reprend les intiales de six séquences : Supper (eating), Accusers (interrogation), Cleansing (shower), Ritual (walking), Entropy (sleep) et Doubt (toilet).

Intrigantes au prime abord, l’on comprend très vite qu’elles figurent à échelle réduite la cellule 1335 dans laquelle l’artiste fut enfermé 81 jours en 2011, comme il arrive hélas souvent dans cette belle démocratie qui aime la parole libre des artistes.

Chaque boîte reprend à échelle réduite les saynettes de la vie du prisonnier, jamais seul, toujours sous surveillance : interrogatoire, toilette, douche, repas, promenade, sommeil… le traitement hyper-réaliste des personnages, dont Ai Weiwei bien sûr qui s’est représenté dans chaque scène, confère à l’ensemble un réalisme certain, alors que l’on accède à la vision de l’oeuvre par de petites ouvertures pratiquées au dessus ou sur le côté des boîtes. L’ensemble est très soigné, et criant de vérité. Rendons justice à l’artiste de la très grande justesse du traitement plastique de l’oeuvre et un rendu absolument fascinant, la position extérieure du regardeur, en voyeur sans état d’âme, n’y étant pas pour rien.

La confrontation des six containers de métal à l’espace baroque de l’église San Antonin renforce l’impact visuel de l’oeuvre, accentuant sa dimension de forclusion. Le titre lui même, «Sacred», indiquant le dialogue que l’artiste entend mener avec la partie la plus intime de sa réflexion, dans la posture de doute profond qu’il entretient vis à vis de la civilisation en général, et de la condition humaine en particulier.

Ai Weiwei, actuellement retenu en Chine avec interdiction de sortie du territoire, a un lourd passé de dissident qui, malgré sa position internationale, le réduit  au quotidien à subir toutes sortes de tracasseries et de censure. Sa participation à la Biennale est d’autant plus remarquable, et cette oeuvre là, majeure, en est l’éclatante dfémonstration.

L’autre partie de l’installation à la Giudecca est elle aussi très engagée, puisqu’elle traite de l’écroulement d’un bâtiment scolaire, ensevelissant un grand nombre d’étudiants, lors d’un glissement de terrain, la construction ayant visiblement été baclée et toutes sortes de malfaçons ayant conduit à la tragédie. Il en résulte une oeuvre puissante, sculpture mouvante réalisée avec les fers à béton de la construction, une sorte de grande vague planéiforme d’acier rouillé, dont les soubressauts et remous potentiellement à venir semblent suspendus…

Ces deux oeuvres, bien plus que la pièce présentée au Pavillon central des Giardini, disent bien la maîtrise et l’engagement de cet artiste exceptionnel, dont l’oeuvre est une fenêtre vitale sur l’absurdité d’un système politique terrifiant, qui contraint les artistes à fuir ou se taire. Ai Weiwei a choisi de rester et de l’ouvrir. En cela, il mérite tout notre respect.

Marc Roudier

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Vues de l’installation à San Antonin / Copyright Ai Weiwei 2013 / Lisson Gallery.

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