AVIGNON : « AHMED REVIENT », MAIS SANS CONVAINCRE…

Festival d’Avignon 2018 – « Ahmed revient » d’après un texte d’Alain Badiou – Mise en scène et jeu : Didier Galas – Spectacle itinérant du 6 au 23 juillet, vu le 12 juillet à Boulbon.

Suivant un principe qui a fait ses preuves, le Festival d’Avignon 2018 inclut dans son programme un spectacle itinérant, véritable décentralisation du Festival qui va à la rencontre d’une population proche d’Avignon mais qui suit souvent ce festival un peu mystérieux de loin et qui hésite sans doute à franchir le pas, tant pour des raisons culturelles que pour de simples problèmes de stationnement. C’est « Ahmed revient », interprété et mis en scène par Didier Galas sur un texte d’Alain Badiou, qui fait l’objet cette année de cette expérience originale et qui se déplace, tel un théâtre de tréteaux, dans des lieux des plus variés, tel un inventaire à la Prévert, comme des salles polyvalentes de villages, une cour de château, un collège, un concessionnaire automobiles ou encore un centre hospitalier et un centre pénitentiaire.

Le spectacle nous emmène ce soir à Boulbon. Il ne s’agit pas de la mythique carrière dont tous les festivaliers attendent avec impatience le retour dans la programmation du Festival, mais de ce pittoresque village provençal, niché au pied de la Montagnette, qui accueille le spectacle dans sa salle des fêtes où se presse un public qui paraît en grande partie local, ce qui est l’objectif affiché d’Olivier Py.

Le spectacle proposé par Didier Galas se prête à merveille à cette itinérance. Le décor est rudimentaire, une simple plate-forme sur tréteaux, un cadre métallique, un rideau et d’immenses numéros censés représenter le déroulement des scènes d’un spectacle apparemment structuré mais qui tourne vite à une certaine confusion recherchée par le metteur en scène. Rien de superflu, toute l’attention est portée sur le jeu de l’acteur.

Ahmed est un personnage récurrent dans l’œuvre d’Alain Badiou que Didier Galas a interprété régulièrement dans les années 90. Il revient donc une vingtaine d’années plus tard pour porter son regard sur notre monde actuel. C’est avant tout un personnage de théâtre comique, rusé, facétieux, à mi-chemin entre Scapin et un personnage de commedia dell’arte. Il porte un masque réalisé en 1994 par Erhard Stiefel, masque espiègle et malicieux, aux pommettes saillantes et aux yeux écarquillés, qui capte le regard et donne une véritable personnalité au personnage.

Didier Galas joue avec son corps filiforme et souple autant qu’avec les mots. Le corps glisse comme une anguille et constitue un moyen d’expression à part entière pour nous asséner des mots parfois tout aussi insaisissables. Ahmed jongle avec les mots qui fusent dans tous les sens, digresse sur son retour, sur les notions d’évènement et de transcendance, sur Descartes, sur sa cousine Fatima qui combat les racistes par des coups de genou bien placés, sur les thèmes de notre époque comme le racisme, la laïcité, l’islamisme ou encore les carences de la République.

Le talent de Didier Galas qui se veut un « corps pensant » est indéniable. Son jeu est captivant et porteur d’un pouvoir de transmission certain. Malheureusement il n’y a pas grand chose à transmettre. Malgré quelques traits d’humour assez drôles et quelques considérations philosophiques subtiles, le texte est convenu, se perd dans d’innombrables méandres et ne décolle pas. Les scènes se succèdent dans un méli-mélo divertissant mais qui manque de liaison et de substance.

Il n’en demeure pas moins que Didier Galas nous offre une belle performance d’acteur qui se laisse regarder avec plaisir et complicité mais qui reste superficielle et convenue par les faiblesses du texte. Un spectacle itinérant dans l’esprit d’un théâtre de tréteaux qui peut mettre le pied à l’étrier à de jeunes spectateurs découvrant le théâtre mais qui nous laisse sur notre faim.

Jean-Louis Blanc

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