ALI CHAHROUR, « MAY HE RISE AND SMELL THE FRAGRANCE » : UN TRIPTYQUE, ET APRES ?

72e FESTIVAL D’AVIGNON : « May He rise and smell the fragrance » – Ali Chahrour – Théâtre Benoît 12 – 14 – 17/07/18.

Un triptyque, et après ?

Après Fatmeh et Leïla se meurt, c’était assez logique de présenter May He rise and smell the fragrance, le troisième volet du triptyque qu’Ali Chahrour souhaitait consacrer au deuil dans le monde arabe, singulièrement dans le monde Chiite, avec celui très particulier de l’Achoura.

Logique mais utile ? car décidément, il nous manque beaucoup de clés pour percevoir les enjeux de ces œuvres, leur dimension réelle… tant nous apparaissons décontenancés devant ces psalmodies qui nous touchent, certes, d’autant que Hala Omran, comédienne d’origine Syrienne, déjà venue à Avignon dans la mythique Epopée de Gilgamesh montée par Pascal Rambert en 2000, apporte sans nul doute une dimension, une puissance, une force qui sert le propos du chorégraphe mais nous laisse un peu sur le bord du Styx.

Avec ce troisième volet, Ali Chahrour joue avec les images fortes. Il impose un cadre et, de ce fait, il est cette fois-ci non pas dans un cloître comme celui des Célestins avec Fatmeh et Leïla se meurt mais d’un théâtre clos, permettant par exemple le noir complet et d’autres effets théâtraux que l’extérieur empêchent.

Une rampe de projecteurs aux lumières très blafardes inondent la salle. Le plateau est dans le noir, à peine si on aperçoit les instruments de musique dans le fond de la scène. Soudain trois hommes se lèvent au premier rang. Ali Chahrour est au milieu, les deux autres l’encadrent. Ils scrutent la salle. Un bruit fort assourdit toute la salle, comme des pales d’hélicoptères en action.

Les hommes balayent du regard chacun de nous. On entend au loin les psalmodies d’une femme qui conte en arabe plusieurs scène de vie. Elle surgit et entonne un chant. Par le truchement d’un passage au noir, procédé assez utilisé sur cette pièce pour marquer la fin d’une séquence, on retrouve les trois hommes sur scène, les deux musiciens autour d’Ali Chahrour qui à la tête renversée, le cou offert à l’archet du oud en action. Saisissante image.

Ali Chahrour rejoint comme un double les mouvements de la comédienne Hala Omran pour engager un duo pendant un poème. A ce moment, le bassin du danseur se déhanche. Il fait aller ses hanches comme pour la fameuse danse du ventre. On le retrouvera quelques minutes après au sol, empli de convulsions, se tordant, déportant son buste de gauche à droite sans bouger les jambes. Raisonne le chant « dors, mon cœur ».

Le spectacle semble se terminer par le retour de la comédienne qui prend la tête d’une ronde qui se dirige tout droit vers la salle et se fige soudain, un peu à la manière de Orphée et Euridice mais à l’envers car c’est elle qui se retourne. Ainsi, Isthar prend la place de Tammuz son époux dans la mythologie sumérienne, et prendre pendant sa résurrection de son mari, sa place dans le royaume des morts.

On aurait aimé que la pièce se termine là, mais les lumières du début reviennent, aveuglant la salle… retour sur scène des trois hommes qui finiront par quitter le plateau par la coulisse au lointain.

Que s’est-il passé ? est-on assez armés, ici, en occident pour comprendre les enjeux de ces rites funéraires, souvent monopolisés par tradition par les femmes ? A-t-on toutes les clés pour ressentir entièrement le message qu’Ali Chahrour veut nous porter de son Liban natal… On a un peu de mal avec cette forme de spectacle qui manque tout de même pour nous de quelque chose d’indéfinissable, d’une suite logique entre des séquences assez disparates et qui peinent à rester ensemble.

Espérons que ce triptyque achevé, Ali Chahrour, qui ne manque pas de charisme, de courage même, nous montre un autre aspect de son travail.

Emmanuel Serafini

Photos Audrey Scotto pour INFERNO

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