« SYLVIA », FABRICE MURGIA S’EMPARE DE L’URGENCE DE LA PAROLE POETIQUE

Bruxelles, correspondance.

SYLVIA – création 2018 de Fabrice Murgia – Au TNB, Bruxelles jusqu’au 12 octobre 2018.

Retour au plateau pour Fabrice Murgia, directeur du Théâtre National de Bruxelles depuis plus d’un an maintenant. Son nouveau projet est la création de « Sylvia », le portrait et le destin tragique de la poétesse américaine Sylvia Plath. Un spectacle pour une chanteuse et 9 femmes, mis en musique par la pianiste et auteure-compositrice belge An Pierlé et de son quatuor.

Sylvia Plath se suicide en 1963 à l’âge de trente ans, en Angleterre pays qui l’accueillera et où elle épousera Ted Hughes, poète et écrivain. Si elle est surtout connue pour sa poésie, elle tire également sa notoriété de son unique roman « The Bell Jar » (en français,  » La Cloche de détresse « ), roman d’inspiration autobiographique qui décrit en détail les circonstances de sa première dépression, au début de sa vie d’adulte.

Elle est devenue une figure emblématique dans les pays anglophones, les féministes voyant dans son œuvre l’archétype du « génie féminin écrasé par une société dominée par les hommes », les autres voyant surtout en elle une icône dont la poésie, en grande partie publiée après sa mort, fascine comme la bouleversante chronique d’un suicide annoncé.

S’emparer d’un personnage, finalement peu connu du public, et vouloir le faire incarner par neuf comédiennes n’était pas chose aisée. Dans un décor de cinéma, année 50, la mise en scène libre et cinématographique comme souvent chez Fabrice Murgia, avec l’utilisation de caméras (Juliette Van Dormael) retransmettant en direct ce qui se passe sur le plateau, les visages et les mots de Sylvia, nous invite dans l’intimité d’une femme en proie à ses tourments, à ses aveux de faiblesse et à ses contradictions. C’est l’urgence d’une parole poétique et politique qui transpire à chaque scèns, à chaque plan et qui fait échos aux combats des femmes aujourd’hui : se libérer pour exister.

Le jeu des images se combine merveilleusement avec la musique jazz-pop d’Ann Pierlé. A chaque note, l’émotion est au rendez-vous, soulignant avec délicatesse et maestria les combats et les joies de la jeune poétesse. Une alchimie originale digne d’une BO d’un film noir américain.

Dommage que l’on n’ait pu avoir accès véritablement aux mots de Sylvia Plath pour des raisons de droits, cela aurait sans doute renforcé le sentiment d’une urgence et d’une douleur de son écriture.

A travers le portrait tout en respect et admiration d’une femme écrivain, c’est finalement aussi une invitation à l’expérience de l’écriture à laquelle nous sommes conviés. C’est un théâtre de l’émotion plus que de la parole proprement dite, qui se retrouve souvent en échos à nos vies complexes.

Philippe Maby,
à Bruxelles

Photos Hubert Amiel

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