« PARADISO », LE DEGRE ZERO DU THEÂTRE

« Paradiso » Richard Maxwell & New York City Players (Etats-Unis), Première française, Base sous-marine Bordeaux, du 10 au 13 octobre, dans le cadre du Festival des Arts de Bordeaux Métropole (FAB – 5 au 24 octobre)

« Paradiso » de Richard Maxwell au FAB : Le Degré zéro du Théâtre…

En 1953, dans « Le Degré zéro de l’écriture », Roland Barthes jetait les bases d’une écriture neutre, « l’écriture blanche », seule susceptible de déjouer les assignations fixées par un code. Sa théorie linguistique qui libérait le lecteur des présupposés de tout jugement implicite trouva un somptueux écho dans les années 50-70. Il semblerait que Richard Maxwell & New York City Players (sa compagnie), expressément venus des Etats-Unis pour cette troisième édition du FAB, soient à leur manière bien singulière restés « fixés » à ce dogme de « l’écriture blanche » (Cf. couleurs de la scène et du 4×4…) pour atteindre avec une superbe peu commune le degré zéro du théâtre.

Sur un aplat d’un blanc immaculé servant de plateau une performance théâtrale expérimentale des plus minimales met en jeu un très imposant et rutilant pick-up, blanc lui aussi, qui débarque venu d’une autre planète un robot flanqué de quatre acteurs actrices zombis égarés dans un monde qui n’est plus. Dès que l’automate monté sur roulettes aura déversé son discours alambiqué ésotérique (mais c’est un robot, on le lui pardonne…), les « humains » vont disserter chacun à leur tour et à qui mieux mieux sur les vicissitudes de ce qui a cessé d’être, n’est plus et ne pourra jamais être plus. Les interminables soliloques de ces « revenants », traduits de l’américain (et ce n’est pas là uniquement l’effet laissé par une traduction calamiteuse), véhiculent un verbiage charabia de haut vol ; plus oiseux tu meurs… Et, lorsqu’ils ne parlent pas, ils s’adonnent à des mimes – ah le touillage du thé assis au milieu de nulle part les jambes en tailleur, ah le passage de la rivière l’une à califourchon accrochée au cou de l’autre) relevant d’un atelier théâtre de grands débutants appliqués : on est, il ne faudrait surtout pas l’oublier, dans le cadre de recherches théâtrââles expérimentââles…

Là où on se met à (re)sourire devant tant d’inanité suffisante, c’est lorsque nous revient soudain à l’esprit que Richard Maxwell nous sert, en première française, sur un plateau (désert) le troisième volet de son interprétation de « La Divine Comédie » de Dante (et oui quand même…). A son corps défendant, il a énoncé sans sourciller dans une interview new-yorkaise ne s’être pas embarrassé de la lecture in extenso du chef d’œuvre de la littérature médiévale, trop indigeste à son goût… Du Paradis, le sien, on retiendra les thèmes – très originaux – de l’Amour, de la soif et de la faim mortelles, d’un dieu vengeur à remplacer par un créateur à son goût, de la guerre voie d’expulsion des pulsions et d’une Amérique qui a pu décevoir… à moins que l’on ait recréé de toutes pièces ce salmigondis indigeste en le peuplant de quelques inventions à son image.

Mais peu importe… Tout est ici d’importance si minime qu’il n’en reste rien ou si peu… Il n’y a même pas là matière à être indigné : comment pourrait-on être dérangé par une outre vide, si grotesque de prétention que l’on en est in fine amusé ?… Rien à signaler, donc ? Si. Un spectateur traversant ostensiblement « la scène », fixant droit dans les yeux l’acteur raide comme un piquet en train de déverser sa logorrhée, et disparaissant silencieusement vers la sortie. Ouf, grâce à ce happening anonyme improvisé, nous avons eu droit – dieu soit loué (« Paradiso » oblige…) – à notre vrai moment de théâtre expérimental…

Yves Kafka

Photo Sascha van Riel

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