« ALTER EGO », LE REGARD A QUATRE YEUX S’EXPOSE A « TRENTE TRENTE »

« Alter Ego, Le regard à quatre yeux » Exposition photographique de Bernard Brisé, Espace 29 de Bordeaux, du 17 janvier au 2 février 2019, dans le cadre du Festival TRENTE TRENTE (18 au 31 janvier), 16ème Rencontres de la Forme Courte de Bordeaux-Métropole et Nouvelle Aquitaine, directeur artistique Jean-Luc Terrade.

En guise d’ouverture de sa seizième édition, Jean-Luc Terrade directeur artistique du Festival Trente Trente – dont l’originalité cultivée comme un art délibéré du risque fait de lui, année après année, un cacique du genre – offre au photographe Bernard Brisé carte blanche et noire pour saisir ce qui entre altérité et dualité dit de l’humain ce que nous ignorons de lui. Le résultat est une galerie de double portraits en noir et blanc géants et énigmatiques qui, dès que l’on pénètre dans l’Espace 29 situé dans le centre historique de Bordeaux, nous transpercent de leur regard halluciné ou tourné vers un monde intérieur qui semble les « pré-occuper » bien avant que nous les découvrions suspendus ou collés directement aux murs où ils prennent brusquement vie sous l’effet de notre propre regard.

S’inspirant très librement de la photographie spirite qui connut ses heures de gloire à la fin du siècle romantique en rassemblant sur la même planche des personnes vivantes et des spectres de défunts, le photographe passionné de tout ce qui vibre en chacun crée des photomontages en réunissant sur chaque tirage – et selon des critères que seul lui peut éventuellement connaître – deux portraits (de face, de profil, en gros plan, en plan rapproché taille) de personnes connues localement ou d’anonymes avérés. Celles et ceux qui se sont corps et âme livrés au jeu, s’en sont remis au bon vouloir de ce Prométhée contemporain avide de ce qui se révèle hors les apparences. Dépouillés de leur vêtement, de ce vernis social qui colle aux peaux pour les empêcher de trouver leur respiration naturelle, les sujets ont été méticuleusement examinés à la loupe puis photographiés, chacun d’entre eux à la même heure du jour, sous le même ciel pour s’assurer de la permanence des mêmes lumières, devant le même mur reflétant les mêmes intensités. Puis dans le secret de sa « chambre claire », éclairé par ses propres fantasmes, il a imaginé leurs rencontres, deux par deux, eux qui la plupart du temps ne connaissaient rien de l’autre se trouvent réunis là par le pur cheminement du créateur d’images.

Fulgurantes ces associations fortuites – où l’un ou l’une en retrait apparaît flouté légèrement par rapport au premier plan – qui dialoguent avec le tiers représenté par le regardeur. Et, écho lointain d’un test de Rorschach, c’est la fantasmagorie portée par chacun des trois qui « révèle » – au sens argentique d’un laboratoire photographique – l’inquiétante étrangeté propre à une humanité rebelle à tout classement. Le moindre poil, la moindre ride, le moindre reflet traversant le regard fait signe en se trouvant surexposé dans les rets du nôtre happé par la force attractive de ses êtres de papier rendus à leur existence brute. Dérangeant, cet échange hypnotique déstabilise pour ouvrir grand les portes de ce que l’on ne voit pas ordinairement.

Ce vertige de désordre photographique dû à la « plaque sensible » de Bernard Brisé – maître révélateur de nos mythologies privées et secondé dans son œuvre par les saisissants tirages en Piezzographie de l’atelier Lebolabo de Bordeaux – place d’emblée le festival Trente Trente sous les auspices de Maurice Maeterlinck, poète visionnaire que Jean-Luc Terrade se plait à citer dans son éditorial liminaire : « La poésie suprême n’a d’autre but que de tenir ouvertes les grandes routes qui mènent de ce qu’on voit à ce qu’on ne voit pas ». Désapprendre les réflexes conditionnés de la pensée pour se faire « poète voyant »… nous sommes prévenus sur ce qui nous attend durant ces « deux semaines des rencontres de la forme courte en Aquitaine ».

Yves Kafka

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