« GRANMA. LES TROMBONES DE LA HAVANE », THEÂTRE DOCUMENTAIRE DE RIMINI PROTOKOLL

«Granma. Les trombones de La Havane» de Stefan Kaegi, Rimini Protokoll – Du 28 au 31 mars au Théâtre de Vidy, Lausanne, puis à Bâle, Bologne, Athènes et Montréal. Au 73e Festival d’Avignon, Cloître des Carmes, les 18, 19, 20, 22, 23 juillet 2019.

Ils sont quatre trentenaires cubains : Daniel, Milagro, Christian et Diana. Ils vont relater l’histoire de Cuba et parcourir les trajectoires de leurs grands-parents. La musique cubaine, fusion de nombreux genre musicaux et richesse indéniable du pays, traversera le spectacle par le biais de leur instrument, le trombone à coulisse, lié à l’histoire patriotique de Cuba.

A cour et jardin, deux écrans LED verticaux projetteront photos et vidéos intimistes. Un long écran rectangulaire investit le fond de scène, permettant de visionner des films d’actualités d’hier ainsi que des scènes contemporaines. Un pupitre de conférence sera utilisé pour des scènes miniatures filmées et projetées en direct. Une machine à coudre mécanique sur table servira de calendrier à la chronologie du récit.

Granma, c’est le bateau qu’a utilisé Fidel Castro avec 81 compagnons pour rejoindre Cuba depuis le Mexique au moment du déclenchement de la révolution en 1956, date où débute le récit. C’est aussi le titre du quotidien du parti communiste cubain lancé en 1965.

Diana est la petite fille d’un chanteur célèbre. Elle est musicienne professionnelle et va enseigner le trombone à ses trois partenaires. Elle gagne relativement bien sa vie grâce à la musique, la meilleure des rémunérations à Cuba.

Christian travaille dans l’informatique. Son grand-père de 79 ans, présent par vidéo interposée, est un ancien soldat qui s’est battu pour son pays. Un modèle pour son petit-fils qui n’a pas été reçu à l’armée. Pour lui, le sacrifice de son grand-père n’a servi à rien.

Milagro est diplômée en Histoire. Sa grand-mère, très active au parti communiste, travaillait dans une usine de tissu. Milagro désire enseigner. Pour elle, tant qu’il y aura des inégalités, la révolution doit continuer.

Daniel est mathématicien, traducteur et réalisateur. Son grand-père, proche de Fidel Castro, fut «Ministre de la répartition des richesses injustement distribuées». Daniel garde un esprit critique face au gouvernement. Il gagne sa vie en travaillant pour un programme d’enseignement canadien.

Narré par deux générations, ce spectacle documentaire sur la saga cubaine de ces soixante dernières années prend la mesure du passé et questionne le futur.
Les documents historiques et témoignages empiriques des grands-parents, face à une nouvelle génération inscrite dans le présent, marquée pourtant par les espérances et les sacrifices de leurs aïeux, offrent une image kaléidoscopique de ce pays en mutation.

La mise en scène très vivante, ponctuée de moments musicaux joués par les comédiens, est soutenue par les différents points d’attention proposés au public. Les projections sont incluses dans le jeu des acteurs, s’adressant au grands-parents et vice versa, intervenant dans le paysage mouvant d’une rue ou d’un appartement. Certaines scènes-clés du pouvoir sont jouées en miniature avec des silhouettes photographiques et projetées à l’écran. La chronologie, figurée par un tissu cousu à la machine où défilent les années, place l’action dans le temps avec précision. Le public, auquel les quatre protagonistes s’adressent directement, est interpellé, prié de comparer des situations, d’agir par un lancé de balle symbolique. Des parallèles avec la situation en Europe sont émis, des anecdotes émaillent le récit, domestiques ou nationales, personnelles ou politiques.

Et les quatre comédiens-musiciens sont épatants de naturel et d’aisance.

Cuba a reçu Obama et les Rolling Stones, il n’en reste pas moins que le pays reste sous la coupe d’un gouvernement restrictif. Le regard des jeunes envers le capitalisme est tout aussi critique que celui qu’ils portent sur leur patrie, mais l’amour qu’ils lui portent, tels leurs grands-parents, semble intense et persistant. Un sentiment intact depuis soixante ans, forgé par l’histoire cahotante d’une utopie fédératrice. Quel avenir réserve-t-elle à sa courageuse population ?

Martine Fehlbaum
à Lausanne

Images Dorotuch, Mikko Gaestel

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