BIENNALE DE VENISE : PUISSIONS-NOUS -ENCORE- VIVRE UNE EPOQUE INTERESSANTE !

jlb venise

Venise, envoyé spécial.
58ème Biennale d’Art contemporain de Venise – divers lieux, Venise – Jusqu’au 24 novembre 2019.

Puissions-nous vivre une époque intéressante !

La Biennale d’art contemporain de Venise est toujours un moment magique où l’on découvre plein d’artistes du monde entier. La 58ème du genre n’échappe pas à la règle d’autant que, cette année, le « commissariat » a été confié à l’américain Ralph Rugoff qu’on avait apprécié dans le même rôle en 2015 lors de la Biennale d’art contemporain de Lyon… Après « Viva Arte !» lancé par Christine Macel, la commissaire de la précédente édition, c’est un vibrant message que lance l’américain : May You Live in Interesting Times… pourvu que, effectivement !

Alors, bien sûr, les pavillons nationaux ont leur importance et leur rôle à jouer et ce Lion d’or inattendu au pavillon lituanien, avec tout autour, une vision du monde étonnante comme ce ballet de bois d’Alexander Shishkin-Hokusai dans le pavillon Russe, ou l’installation de photos et de films accompagnés d’une musique synchronisée par ordinateur avec de faux doigts articulés sur des vraies flûtes imaginé par Taro Yasuno au pavillon japonais où sont exposées aussi les œuvres de Motoyuki Shitamichi, qui rappellent la réalité de ce pays après le tsunami qui a recomposé le paysage en laissant des bouts de terre avec arbres et végétation au milieu d’un bras de mer, œuvre qui montre comment la vie continue voire reprend… subjuguant.

A mettre en parallèle avec les œuvres du pavillon voisin de la Corée du Sud, où la danse traditionnelle filmée dans ses moindres détails par Hwayeon Nam, est presque irréelle, à quelques jours du geste historique du Président américain avec le dirigeant sud-coréen… Se souvenir de l’installation « Microworld » du chinois Liu Wei, toute en formes circulaires et en métal qui fait penser à une sorte de fin du monde ou une attaque qui aurait laissée sur le sol des débris métalliques aussi beaux qu’inquiétants. Dans le même ordre d’idée, l’installation monumentale du pavillon du Luxembourg avec ces livres d’abord mouillés puis mis à sécher sur une interminable pièce de bois qui touche le plafond… A mettre en regard de l’installation drolatique du pavillon Belge qui prône le vivre ensemble avec des sculptures à taille humaine en cire plus vraie que nature…

Peu convaincu toutefois par le pavillon français confié à Laure Prouvost et son film aquatique long et un peu laborieux…

Signaler le Lion d’or pour l’américain Arthur Jafa qui présente un visage de l’Amérique emplie de discours haineux des suprémacistes blancs dans « The White Album » et le Lion d’argent remis à Otobong Nkanga, Nigériane installée à Bruxelles qui présente « Veins Aligned », une longue sculpture de marbre qui fend une partie de la Corderie de l’Arsenal.

Que ce soit dans le Giardini ou dans la Corderie de l’Arsenal, on ne peut qu’être touché par la peinture de l’américain Christian Marclay avec « 48 war movies » qui revisite les grandes heures mythiques d’un pays qui construit des murs pour que d’autres ne profitent pas du « rêve américain »… Instructif. Idem, avec les œuvres de Henry Taylor qui au pastel ou à l’acrylique comme avec « Untiled » offre un univers qui place la question raciale au cœur d’une œuvre forte.

L’amérique du sud est aussi troublante dans ce rapport au corps d’artistes comme Martine Gutierrez qui se mélange à des poupées grandeur nature, sorte de Ken et Barbie d’un monde fantasmé et glamour où elle est toujours au centre, agrippée à cet Homme comme dans la très belle série « body en thrall ». On peut d’ailleurs l’associer au travail exposé pas loin de la japonaise Mari Katyama avec « I have child’s feet » et « my legs#002 » où l’on voit une autre face de l’humanité avec prothèses et autres matériaux qui transforment les humains, leur permettant de vivre dans ce monde qui réclame la norme avant tout.

Une constante de cette Biennale, ce sont les installations avec musique que ce soit au Pavillon Japonais (cité plus haut) où dans la salle confiée à Ralph Rugoff où l’on découvre « The ground », un mise en scène d’objets et de son largement installés dans une grande salle par le libanais Tarek Atoui. Mais, dans le même esprit, on reste sensible au travail de l’indienne Shilpa Gupta avec « for, in your tongue, I cannot fit » où l’on contemple une installation faite de micros et de musique chorale diffusée dans la salle.

Un clin d’œil du chypriote Haris Epaminonda qui rappelle les grandes œuvres des surréalistes avec des installations en trompe l’œil qui ravissent les adaptes de selfis.

On peut noter aussi  » biologizing the machine (tentaculartrouble « ), l’installation néo-zen de la sud-coréenne Anicka Yi pleine de sculptures en forme de cocon de soie, translucides et d’eau stagnante qui les réfléchissent.

Une incroyable attraction aussi pour le robot des chinois Sun Yuan et Peng Yu, qui balaient puis projettent sans arrêter un liquide rouge sang sur les vitres de la cage où la machine est enfermée.

Coups de cœur pour les autoportraits de la Sud-Africaine Zanele Muholi, visages de femmes noires en gros plan qui avec des pinces à cheveux, qui avec des cordes… un grain de photo qui laisse sans voix. Idem pour les peintures du Kenyan Michael Armitage tantôt croquis à l’aquarelle, tantôt peinture à la Gaugin avec des paysages luxuriants peints avec des couleurs vives.

Petite escapade aussi loin de l’Arsenal avec une visite impromptue à l’exposition organisée par la commissaire Valérie Da Costa au Palazzo Cavanis – sur le bord du canal de la Fondamenta delle Zattere – qui propose « dall’immagine alla forma » consacré à Pino Pascali… et juste à côté, dans l’église Sainte Marie de la Visitation, « the death of James Lee Byars » de et par lui-même ; l’installation monumentale avec caveau entièrement recouvert de feuille d’or. D’une beauté saisissante avec en face, comme une réponse l’installation sonore de Zad Moultaka qui donne le ton de l’ensemble.

Une époque intéressante donc, avec des artistes du monde entier qui donnent à espérer ou à douter de la nature humaine et de ce qu’elle fait de cette terre où se mêlent traditions et nouvelles technologies… Vivement la 59ème Biennale, donc !

Emmanuel Serafini,
envoyé spécial à Venise

james-lee-byars-venise2

Martine-Gutierrez-Body-En-Thrall-Venice-Art-Biennale-2019-Inexhibit

Christian Marclay « 48 war movies »

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Images: 1&2 james lee Byars: « The death of James Lee Byars » – 3- Martine Gutierrez « Body en thrall » – 4- Christian Marclay « 48 war movies » – 5- Zanele Muholi / Copyright the artists – La Biennale Arte 2019.

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