BIENNALE DE VENISE : PUNTA DELLA DOGANA ET AU PALAZZO GRASSI, PEAU, LIEU ET SIGNES FONT BON MENAGE

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Venise, Envoyé spécial
VENISE. Palazzo Grassi, Collection Pinault – « LA PELLE » Rétrospective Luc Tuymans – Jusqu’au 15/12/2019 / Punta della Dogana : LUOGO E SEGNI, group Show – Jusqu’au 06/01/2019.

Pendant que la 58ème Biennale d’art contemporain bat son plein, il est toujours un lieu qu’il faut aller voir à Venise, et même deux : la Punta della Dogana et le Palazzo Grassi, lieux emblématiques de la collection du français François Pinault.

Dans le dernier, une rétrospective magnifique de l’œuvre de Luc Tuymans, regroupée sous le titre générique de La Pelle : la peau où on y trouve des œuvres dont les plus anciennes dates de 1986 jusqu’à celle qu’il a réalisé de nos jours.

L’artiste belge, qui vit et travaille à Anvers, est à classer dans les peintres figuratifs. Il reste très attaché à la reproduction d’images déjà existantes qu’il trouve notamment dans les journaux ou maintenant sur internet. Il s’applique à leur donner un aspect flou, comme si la toile avait été délavée et que la lumière qui en émane était floue. D’entrée, on est saisi par la pièce monumentale au rez-de-chaussée du Palazzo appelée « Schwarzheide », une reproduction d’une des première toile de Luc Tuymans et qui porte le nom d’un camp de travail forcé en Allemagne où des prisonniers y ont fait des dessins qu’ils ont coupé en lanières pour ne pas se les faire confisquer. Puis, ces bandes ont été assemblées au dehors du camp ce qui explique ces longues bandes posées à même le sol du Musée et où l’on découvre une forêt ; œuvre bien plus impressionnante encore vue du haut du Palazzo Grassi.

S’en suivent ensuite de nombreuses toiles, dont des portraits de petite taille, en gros plan, bien serrés qui se concentrent sur l’expression, le regard, les signes du visage comme dans « The Valley » ou « A Flemish intellectual », « Der Diagnostische blick », « K » ou, le plus étonnant, celui de « William Robertson » (qui date de 2014) avec un flou arrangé, des tons presque pastel et où perce le regard très intriguant du personnage. On y voit aussi des paysages comme « Die Zeit » petite maison dans une campagne entourée des grands corps de ferme en gris et noir très étudié, ou des animaux dont ces oiseaux dans les petites toiles « Isabel » et « Orange red brown » remarquables. On y voit des natures mortes, des paysages qu’on dirait grattés sur la toile, usés comme si on les avait trop utilisés… c’est à la fois très étonnant et particulièrement familier, telle une chose qu’on aurait chez soi, sur laquelle le soleil et les éléments auraient laissé toutes leurs traces.

Cette découverte faite, on peut traverser le grand canal et visiter LUOGO E SEGNI à La Punta della Dogana où l’on retrouve les habitués de la collection comme Felix Gonzales Torres et son long rideau de perle qui annonce l’entrée de l’exposition et qui place cet écran rituel entre nous et cet endroit. Dans la première salle : Roni Horn, Louise Bourgeois et Brancusi cohabitent. Mais c’est « 1395 days without red », le film de l’albanais Anri Sala au sous-sol qui fixe l’attention… Projection hypnotique d’une femme qui marche dans la rue, simple et beau. Angles subtils, choix des axes pour nous faire entrer dans la marche.

Hicham Berrada avec « Mesk Ellil » (musc nocturne) nous montre un peu ce qui nous pend au nez, des plantes vertes dans des caissons de verre comme lorsqu’on protège les œuvres rares, la nature étant, à très court terme, une denrée exceptionnelle. Simone Fattal et Etel Adnan sont rassemblées cette dernière avec ces longs carnets japonais de dessins colorés et l’autre avec « la rencontre » et les cinq « Angel », toutes deux démontrant la créativité du Proche orient dans l’art contemporain. Mais la découverte de cette exposition très équilibrée reste les deux plaques de cire d’Alessandro Piangiamore, véritable ode à l’irréel où se glisse la vie et sa fin « api e petrolio fanno luce » qu’on pourrait traduire par les abeilles et l’huile font la lumière est à ne pas manquer tout comme les magnifiques « mirror image » du Pakistanais Lal Rukh, monumentales flaques d’eau colorées et transparentes en résine, une sorte de mirage dans une ville écrasée par le soleil.

Ainsi s’achève cette visite où lieu, signes et peau ont fait bon ménage.

Emmanuel Serafini,
envoyé spécial à Venise

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Images: 1- Felix Gonzalez-Torres / 2- Luc Tuymans « Schwarzheide » / 3- Sturtevant / 4- Hicham Berrada, “Mesk-Ellil” (2015-2019) – Collection Pinault, Venezia 2019.

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