DE KEERSMAEKER, « DRUMMING » : ENTREZ DANS LA TRANSE !

Bruxelles, correspondance.

Drumming – Anne Teresa De Keersmaeker – Rosas Performance Space, Bruxelles – Du 9 au 31 octobre 2020

Beaucoup a déjà été écrit sur Drumming, créée le 7 août 1998, et désormais pièce de répertoire des plus grandes maisons de ballet. Cela n’enlève rien à la joie de retourner voir ce spectacle charnière dans l’œuvre de la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker. Il n’a rien perdu de sa force, et c’est d’autant plus émouvant de découvrir cette nouvelle production « chez elle », dans son école de danse P.A.R.T.S., au Rosas Performance Space. Les spectateurs, peu nombreux (coronavirus oblige), y ont le privilège d’être au plus près des danseurs, à leurs côtés, comme faisant partie intégrante du spectacle. La salle, avec son tapis orange vif quadrillé de lignes géométriques, accueille une danseuse puis trois, puis quatre, et enfin les douze danseurs. Le dispositif scénique permet aussi d’être au cœur de la musique sur laquelle la chorégraphe a composé son ballet.

Comme son nom l’indique, la partition de Steve Reich, Drumming, est une pièce pour percussions qui prend d’emblée le spectateur au corps. Le compositeur américain réunit, dans un tempo unique, trois familles de percussions, des bongos, des marimbas et des glockenspiels. C’est à la suite d’un voyage d’études au Ghana qu’il crée à New York en 1971 cette œuvre de « déphasage » rythmique qui a inspiré la chorégraphie d’Anne Teresa De Keersmaeker. Les quatre mouvements se succèdent en fondu-enchaîné sans presque permettre aux danseurs –et spectateurs– de reprendre leur souffle.

Quelle virtuosité ! C’est sur un concept mathématique, les suites de Fibonacci, que la chorégraphe a demandé aux danseurs « de réaliser ces huit motifs dans un territoire qui s’agrandit, c’est-à-dire en suivant le trajet d’une spirale qui s’ouvre ». Et c’est cette spirale qui emporte le spectateur dans le tourbillon de la danse et des percussions, et le fait entrer en transe à la lumière d’un crépuscule orangé. La spirale est comme une auberge espagnole symbolique où chacun trouve ce qu’il veut y voir. La spirale est tout d’abord un labyrinthe, qui emprisonne chaque danseur dans son carré respectif, mais ensuite elle/il s’en échappe, s’en libère pour se retrouver tous ensemble dans une apothéose scénique.

Les douze danseurs, vêtus de blanc ou de noir, ou des deux couleurs à la fois, avec parfois même cette touche d’orange qui rappelle celle du tapis de scène, viennent de tous les continents. Peu importe la taille, la silhouette, la troupe de Rosas est cette diversité, et le styliste Dries Van Noten, compagnon de route de la chorégraphe, a réussi à donner à chacun une touche personnelle, un tout petit décalage vestimentaire dans la qualité du tissu, sa transparence, sa forme. La richesse, chez Anne Teresa de Keersmaeker, est de laisser chaque danseur développer son style et sa personnalité pour la plus grande joie du spectateur

Et à la fin, la volée d’applaudissements des spectateurs n’est pas sans rappeler le rythme haletant de la musique de Steve Reich.

Drumming
se donnera à nouveau à Bozar, Palais des Beaux Arts de Bruxelles, les 10 et 11 novembre, avec l’ensemble Ictus en live : un intermède de beauté pure qui vous fera oublier les contrariétés de l’époque actuelle.

Colombe Warin,
à Bruxelles

Photo Herman Sorgeloos

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