LA SEMAINE D’ART EN AVIGNON : ENTRETIEN AVEC YNGVILD ASPELI POUR « MOBY DICK »

LA SEMAINE D’ART EN AVIGNON : Entretien avec Yngvild Aspeli , metteur en scène de « Moby Dick » – Création 2020 – d’après Herman Melville  – Du 27 au 31 octobre / La Chartreuse-CNES de Villeneuve lez Avignon

Inferno : Le texte fait forcément écho à l’élan écologique. Comme le Capitaine Achab, le monde actuel semble sous-estimer les forces de la Nature. Dans quelle mesure êtes-vous sensible à cette cause ?

Yngvild Aspeli : Comment ne pas être sensible à cette cause. C’est une question qui est très présente aujourd’hui et qui est de plus en plus urgente. On a beau prendre des chemins détournés et se questionner sur nos conflits personnels, sociaux et sociétaux, on revient toujours à cette question de la nature qui est bien plus grande que nous.

Je ne cherche pas à créer un théâtre revendicateur en tant que tel, je ne cherche pas à donner des réponses figées. Le spectacle vivant a la grande force de pouvoir créer un espace où ces questions peuvent être adressées laissant ainsi la possibilité à chacun de s’interroger en lui-même.

Ce n’est pas la même chose d’entendre parler de la cause environnementale dans les médias et de se retrouver dans une salle de spectacle et de sentir dans son propre corps la presence sur scene d’une baleine taille baleine. Cette expérience physique amène à une révélation pour le spectateur sur la place de l’homme dans la nature.

Comment interpréter les forces infinies de l’océan face à un seul homme et à sa folie au travers de votre art de marionnettiste ?

La marionnette et l’utilisation de la marionnette permettent d’une manière très physique et concrète de visualiser des choses qu’il reste difficile à expliquer et à mettre en mots. Ces choses qui existent alors même qu’on ne peut les voir. On peut alors saisir ces forces invisibles qu’elles soient dans le monde autour de l’être humain ou bien au plus profond à l’intérieur de l’âme humaine.

Le roman de Melville parle de toutes ces choses qui sont bien au-delà de notre possible compréhension. Il révèle les questions existentielles de l’être humain.

Dans le spectacle, le choix et l’utilisation de la marionnette sont intimement liés à ces thématiques.

J’utilise la relation entre l’acteur et la marionnette et l’espace de jeu qui se crée entre les deux niveaux de présence pour explorer ces questions. Le choix et l’utilisation de la marionnette vont bien au-delà du choix formel, ils sont intimement liés à la dramaturgie du spectacle.

Vous semblez vouloir « raconter » une histoire au travers d’un art pluridisciplinaire. Comment se déroule votre processus créatif ?

Le roman Moby Dick de Herman Melville est le point de départ. Il s’agit de traduire ce texte dans un langage plus visuel ou certaines choses sont dites par le texte, d’autres sont exprimées par l’utilisation de la marionnette, par des images, par la musique, la vidéo, ou encore l’espace. Toutes ces expressions artistiques créent ensemble un langage artistique plus étendu ou le “tout” raconte.

Il ne s’agit pas de faire une adaptation du roman mais plutôt de s’inspirer de cette oeuvre littéraire pour créer une oeuvre théâtrale.

Comme un écho au chaos actuel de notre monde, l’équipage du Pequod en arrive à suivre avec aveuglement le délire mégalomaniaque du Capitaine Achab. Cela fait-il d’après vous miroir à notre époque ?

Oui, il y a toujours des miroirs, dans chaque histoire. Dans celle-ci, l’histoire va plus loin que son contexte historique. Moby Dick est tellement plus qu’une chasse à la baleine. Au travers de cette histoire, Melville arrive à capter les questions existentielles d’un être humain.

J’utilise les histoires parce qu’elles nous permettent de nous regarder avec un peu de distance, de nous projeter dans un autre contexte pour mieux nous comprendre nous-mêmes et la société dans laquelle on vit. J’utilise l’histoire non pas comme une peinture figée mais comme un moyen de communication pour nous questionner plutôt que de délivrer des réponses ou donner des leçons.

Sur scène, un seul comédien non marionnettiste. Pourquoi vous semble-t-il indispensable de garder ce lien « humain » avec le public ?

Les marionnettistes sont aussi très humains ! Ils sont donc six acteurs- marionnettistes. Cette équipe est internationale, il était important de rendre compte de la tour de babel flottante qui embarquait sur la baleinière Pequod. L’acteur qui incarne Ismaël est le narrateur et unique survivant de cette chasse à la baleine. La langue de Melville est si riche qu’il est crucial que le texte du personnage d’Ismaël soit délivré dans la langue du pays qui accueille le spectacle en français donc lorsque nous jouons en France. Au travers du personnage d’Ismaël, j’établis un lien direct avec le public par le langage plutôt qu’un lien humain.

Propos recueillis par Pierre Salles

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