INTERVIEW : THOMAS OSTERMEIER, FACE A LA CRISE

DOSSIER. « AU SUD, LA CRISE » : Conversation avec le metteur en scène et directeur de la Schaubühne, Thomas Ostermeier.

Thomas Ostermeier est un habitué des grands festivals, particulièrement celui d’Avignon qui l’a vu acquérir une notoriété internationale dès ses débuts, et où il s’est produit de nombreuses fois. Comme tous les artistes, la crise sanitaire l’a impacté dans son travail de metteur en scène. Rencontre avec une personnalité incontournable de la scène théâtrale.

Inferno : Vu de France il semble que l’Allemagne ait su davantage soutenir les acteurs du monde culturel, qu’en est-il exactement ?

Thomas Ostermeier : En ce qui concerne le théâtre en Allemagne on est dans la situation privilégiée dans laquelle pas mal d’actrices/ acteurs ont des contrats fixes avec des théâtres publics. En fait, pour eux la situation était relativement assurée car ils ont touché au moins une partie de leurs revenus même quand les théâtres étaient fermés. Pour tous les autres, non-salariés et pas protégés par une institution publique, c’était beaucoup plus difficile. Bien que les politiques aient essayé assez vite d’offrir des programmes d’aide spécifiques, un grand nombre d’artistes se sont retrouvés dans une situation très précaire également en Allemagne.

Inferno : Les exigences sanitaires ne permettent pas de remplir les théâtres, comment ceux-ci peuvent-il survivre à cette crise ?

Thomas Ostermeier : Pour la Schaubühne, comme pour beaucoup d’autres théâtres en Allemagne, la mesure la plus efficace pour assurer la survie économique est le « Kurzarbeit » (chômage partiel). Cela veut dire que l’État prend en charge une partie des salaires. Pour protéger ses employés et ses artistes, la Schaubühne s’est engagée à augmenter ces paiements partiels au niveau de 92% (95% pour des employés avec des enfants) des frais normaux. Trois mois avant la fermeture, les spectacles de la Schaubühne étaient vendus à 100%. Bien sûr la perte complète de revenus pendant la fermeture, puis à cause de la réduction des places maintenant, nous met dans une situation économique très précaire. Pour compenser ces pertes il faut absolument que les politiques tiennent désormais leurs promesses de soutien.

Inferno : Comment avez-vous vécu l’annulation en cascade de l’ensemble des festivals d’été ?

Thomas Ostermeier : La pandémie nous a trouvés juste avant l’ouverture de notre festival annuel F.I.N.D. Les premiers artistes étaient déjà arrivés à Berlin. C’était énormément pénible d’annuler d’un moment à l’autre un festival qui avait coûté tant de travail de préparation et qui nous tient tellement à cœur. Mais nous avons pris la pandémie très au sérieux dès le début. La Schaubühne, comme théâtre privé avec des subventions plutôt modestes, dépend économiquement en grande partie des revenus générés par des tournées dans le monde entier. L’annulation de beaucoup de festivals internationaux signifie pour nous une perte importante qui sera très difficile à compenser. Mais au-delà des questions budgétaires, la Schaubühne se considère comme un théâtre international, qui se dédie beaucoup à l’échange artistique. Bien sûr, cet aspect de notre travail est assez réfréné actuellement mais nous espérons que – après la première vague d’annulations – l’on va développer des chemins pour prendre en compte les exigences sanitaires et pour reprendre les tournées au même titre que les spectacles à Berlin.

Inferno : Est-ce que cette crise a changé votre regard sur le monde ? Comment cette crise a-t-elle impacté votre travail ?

Thomas Ostermeier : Évidemment la crise a mis en relief de nombreuses contradictions, comme sous la loupe. Ainsi la pause de réflexion, prescrite par le virus bien-sûr, m’a fait reconsidérer mon approche artistique comme directeur. Les bouleversements et défis politiques et sociaux de nos jours (comme la politique climatique et la lutte contre les injustices sociales pour en nommer quelques-unes) demandent un engagement plus énergique aussi de la part du théâtre. En même temps, pour le travail concret pendant les répétitions, la concentration du confinement m’a donné beaucoup envie d’essayer encore plus de créer un espace libre et créatif, protégé contre les contraintes quotidiennes de la pertinence.

Propos recueillis par Pierre Salles

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives