ENTRETIEN : JEAN-LOUIS GRINDA, LES CHOREGIES, UN VAISSEAU DANS LA TEMPÊTE

DOSSIER. « AU SUD, LA CRISE » : Interview de Jean-Louis GRINDA – Directeur des Chorégies d’Orange et metteur en scène d’Opéra.

Inferno : Comment avez-vous vécu l’annulation de l’édition 2020 des Chorégies et comment avez-vous perçu les actions de l’Etat, et plus particulièrement du Ministère de la Culture, au cours de cette crise sanitaire ?

Jean-Louis Grinda : L’annulation était inéluctable, mais la prise de décision effectivement douloureuse. Tant d’efforts réduits à néant, tant de déceptions pour les artistes, techniciens, spectateurs,…
Immédiatement, les pouvoirs publics ont fait savoir que les subventions seraient maintenues, ce qui a rendu possible l’indemnisation, au titre du chômage partiel, des artistes et techniciens. Il y a évidemment eu un moment de flottement dû à la violence inédite de la situation. Le Ministère de la Culture n’a pas donné l’impression d’être suffisamment présent, mais il a néanmoins travaillé dur pour obtenir l’arbitrage favorable de l’Elysée quant au régime intermittent, préservé jusqu’au 31 août 2021. Soyons de bonne foi, et notons que pas un pays au monde ne protège ses artistes de manière aussi engagée.

L’arrivée de la nouvelle Ministre de la Culture et l’annonce du plan de sauvegarde de 2 milliards ont également rassuré les milieux professionnels. Tout n’est sans doute pas parfait, mais le chemin est tracé.

Inferno : Une seule représentation par opéra, une retransmission télévisée réduite… Comment concilier cela avec la vocation de grand festival lyrique populaire des Chorégies ?

J.L. Grinda : Les Chorégies sont à la fois un festival d’exception et un grand évènement populaire. Mon intuition est qu’il ne faut pas pour autant renoncer à des aventures artistiques au motif qu’elles ne sont pas rentables … La soirée unique permet cela, car on n’est ainsi pas obligés de jouer des « tubes » qui sont censés remplir deux fois 8 000 places, mais qui amenuisent de facto l’offre artistique, tant ces fameux « tubes » sont peu nombreux. L’idée est donc d’offrir au public ce qu’il pourrait aimer en un rendez-vous unique. Vous y êtes ou vous n’y êtes pas ! J’ai eu le plaisir de constater que cette stratégie allait réussir cette année, avec une fréquentation qui allait pulvériser toutes nos prévisions les plus optimistes. Ce sera partie remise en 2021 …

Quant à la télévision, si le service public a connu certaines hésitations dues principalement à des choix budgétaires internes, l’année 2020 aurait dû nous permettre de voir son grand retour avec 3 captations, plus Musiques en fête dont c’est le 10ème anniversaire. Saluons le fait que MEF a été reporté au 11 septembre, ce qui, dans le contexte que nous connaissons, était un geste extrêmement fort, mais qu’en plus, une grande émission, la Nuit Magique, a été enregistrée dans le Théâtre Antique, vide, avec les plus grandes stars, mais aussi de très jeunes artistes. Cette année 2020 montre donc que, malgré les aléas, le nouvel élan était validé par tous.

Inferno : Vous semblez rechercher une diversification et un élargissement du public des Chorégies. Dans quelles directions et par quels moyens ?

J.L. Grinda : La diversification que j’ai mise en place avec la danse, les ciné-concerts, la techno l’année dernière, etc… n’était pas une option mais une absolue nécessité. Le Théâtre Antique est un lieu magique, et ma mission est de le faire découvrir au plus grand nombre. Ceux qui le découvrent lors d’une telle soirée auront peut-être envie d’y voir un jour une grande soirée d’opéra ou un grand concert
symphonique. Quant aux moyens, ils sont ceux mis à disposition par les collectivités et l’Etat. A moi d’arbitrer entre toutes les options pour rendre possible un maximum de spectacles différents. Au fond, tout ce qui compte, c’est que la rencontre entre le public et les artistes puisse avoir lieu !

Inferno : Comment voyez-vous l’avenir des Chorégies d’Orange ?

J.L. Grinda : Je suis un grand défenseur de la nécessité impérieuse d’avoir un Etat qui définisse et soutienne une politique artistique ambitieuse et accessible. Le mécénat, aussi indispensable et souhaitable soit-il, ne remplacera jamais la volonté politique. Tant que celle-ci existera et que des électeurs penseront qu’il est vital de préserver un tissu culturel exceptionnel, je n’ai pas d’inquiétude pour le festival que je dirige, ni pour les autres. A nous d’être vigilants.

Propos recueillis par Jean-Louis Blanc

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives