INTERVIEW : HELENE GUENIN, DIRECTRICE DU MAMAC, NICE

DOSSIER. « AU SUD, LA CRISE » : ITW d’Hélène Guenin, Directrice du MAMAC, Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de Nice.

Inferno : Durant cette crise un des enjeux majeurs pour les musées a été de tisser un lien différent avec leur public, quelle a été la stratégie du MAMAC pour garder ce lien, voire attirer un public plus large ?

Hélène Guenin : Depuis mon arrivée au MAMAC en 2016, je m’attache à réancrer le musée dans son territoire, à en faire un espace de partage, ouvert aux regards d’artistes de toutes disciplines et aux récits de publics dits non « sachants ». Cette démarche, fondée sur la rencontre et les expériences collectives in situ, a été stoppée net par le COVID. Avec les équipes nous avons travaillé à d’autres formes de liens, notamment via notre site internet qui a été régulièrement enrichi de nouveaux contenus : visites filmées des expositions ; mise en ligne de captations filmées d’interventions performatives dans le musée ; jeux, quizz, activités autour des collections à réaliser en famille ; tutos accessibles à tou.te.s, pour des ateliers avec les enfants. L’équipe – notamment de médiation – s’est mobilisée autour de cela. Sur le compte Instagram du MAMAC nous partagions également chaque semaine des anecdotes sur les œuvres phare du musée, les expositions confinées, etc. Cela ne remplace pas l’expérience d’une œuvre, mais cela a permis un partage autour de ce qui est un bien commun : une collection publique ; et ce qui est une ouverture essentielle à d’autres regards sur le monde : des démarches d’artistes.

Quel impact aura cette crise pour la tenue d’expositions temporaires avec des œuvres venant du monde entier ?

L’impact est aujourd’hui pratique et financier : la faisabilité des transports internationaux, l’augmentation des coûts, la complexité des déplacements humains des convoyeurs – voire l’impossibilité de circulation entre certains pays. Ce sont autant de freins ou difficultés à surmonter. Il me semble que l’impact doit aussi être écologique. Cet enjeu a pris une place prépondérante ces dernières années et la crise sanitaire a eu un effet de loupe sur des pratiques qui doivent être interrogées.

Depuis une dizaine d’années j’essaye de travailler dans une perspective « éco-responsable » : réemploi des scénographies et des matériaux. A mon arrivée au MAMAC, j’ai essayé de travailler à d’autres niveaux : limiter l’impact du transport et le bilan carbone des expositions en réduisant au maximum les provenances géographiques des œuvres empruntées avec pour la majorité des projets une sélection de prêts essentiellement à échelle nationale – ce qui implique un gros travail de recherche si l’on veut garder une cohérence de contenu et un niveau international, et d’accepter parfois de se priver de pièces importantes. C’est à la fois une autodiscipline, un travail d’invention collective avec les équipes.

Les expositions sont plus longues : 5 à 6 mois – donc moins de rotation de projets et un travail sur la durée avec les publics. D’autres institutions fonctionnent déjà avec cette sobriété mais il serait intéressant de réfléchir collectivement à tous les niveaux d’action qui peuvent être les nôtres. Je ne prône pas un localisme des programmations mais une approche consciente et vertueuse.

Les musées pourront-ils survivre avec des entrées en chute libre ? Quelle doit être l’action de l’Etat pour remédier à ce manque de recette ?

Poursuivre et renforcer l’accompagnement sur le cœur des missions : conserver, déployer de nouveaux regards et mettre en lumière par les expositions, transmettre. Car au-delà des musées, ce sont tous les indépendants de l’écosystème artistique qu’il convient d’accompagner en cette période. Il n’y a pas de régime d’intermittence pour les artistes, traduct.eur.rice.s, auteur.e.s, commissaires, restaurat.eur.rice.s. Nous sommes interdépendants et la fragilisation des uns provoque la précarité des autres.

Propos recueillis par Pierre Salles,
vendredi 18 septembre 2020

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