LA ROQUE D’ANTHERON : UN FESTIVAL AU COEUR DE TOUTES LES ATTENTIONS

DOSSIER. « AU SUD, LA CRISE » : Interview de Jean-Pierre Serrus, maire de La Roque d’Anthéron.

Inferno : Vous êtes maire de La Roque depuis 2014, quelle place occupe la culture dans votre village ?

Jean-Pierre Serrus : La culture est importante pour une double raison : La Roque c’est bien sûr le Festival International de Piano chaque été depuis quarante ans. Mais c’est aussi l’abbaye de Silvacane qui accueille des expositions d’art contemporain.
La culture permet aussi une meilleure cohésion sociale à La Roque, qui est un village qui a 32% de logements sociaux. Des événements sont offerts gratuitement dans le cadre de « piano en fête ». Par exemple Gaspard Dehaene, le fils d’Anne Queffélec, a offert un concert à l’ensemble des petits Rocassiens.

Vous êtes le seul Festival à avoir lieu cette année, malgré le coronavirus, y êtes-vous pour quelque-chose ?
Rien n’a été laissé au hasard. René Martin, pour la partie artistique, Jean-Paul Onoratini, pour la partie logistique, et moi, en tant que Maire, sur les aspects du protocole sanitaire, avons travaillé main dans la main dès le 20 mars pour rendre cette 40ème édition du Festival possible, malgré les circonstances. Le modèle économique a été revu, le parc du château de Florans a accueilli 650 spectateurs au lieu des 2000 habituels. Trois concerts par jour ont été donnés à 10h du matin, 18h et 21h. Les artistes sont venus surtout de France ou de pays voisins. L’avantage d’inviter des pianistes solistes a aussi permis à cette édition d’avoir lieu.

Quelles sont les conséquences du coronavirus sur le Festival et sur le village en général ?
Sur le Festival de piano en lui-même, il est trop tôt pour en parler sachant que les années précédentes, 80% des recettes sont venues de la billetterie. Mais les subventions du Conseil départemental, du conseil régional et de la Métropole ont été maintenues. Autre point positif, la décision de maintenir le Festival de piano a permis un très bon travail d’équipe et d’avoir ensemble « un esprit de résistance ». La Roque bénéficie aussi d’une couverture media sans précédent cet été.

Les conséquences sont positives sur le village. Je salue la discipline des citoyens de La Roque face à cette crise, et la solidarité dont ils ont fait preuve pendant cette période de confinement. Le marché s’est tenu en format plus petit, les restaurateurs ont fait des plats à emporter. J’ai créé, au sein de la mairie, un observatoire du COVID, c’est une structure qui va rester avec une fréquence de réunion qui passe d’une fois par semaine à une fois par mois. Je me félicite aussi qu’il n’y ait eu aucun cas de COVID dans l’EHPAD ni dans les deux maisons de retraite.

Quant aux points négatifs, ils sont évidemment économiques avec des retards dans les commandes et des implantations d’entreprises retardées. Ils sont aussi de nature sociale : le monde associatif a souffert, il est aujourd’hui en suspens avec à souligner un recul des réinscriptions dans les groupes de sport. Et enfin ils sont d’ordre moral : on ne sort pas indemne d’un confinement. Je suis proche de la majorité présidentielle et je pense que cela a été bien géré mais cela laissera des séquelles. Mais la culture est touchée par ces trois aspects négatifs qui sont l’économie, le social et le moral. Par exemple, il a été impossible cette année d’accueillir des orchestres au Festival de La Roque en raison des mesures de la distanciation physique imposées.

Sur le volet politique, quelles sont vos impressions sur la nouvelle Ministre de la Culture ?
Je salue l’engagement de la nouvelle ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, qui prend cette crise à bras le corps. Je suis un grand défenseur de la culture et ce secteur-là est le plus touché. Au modeste niveau de mon village, je souhaite soutenir la culture. Je soutiens cette approche très collaborative, les solutions vont être trouvées en échangeant. Les bonnes idées viennent d’en bas.

Difficile de dissocier La Roque du piano, en êtes-vous fier ?
La Roque est devenue une marque. C’est un atout exceptionnel pour une commune de 5600 habitants de bénéficier d’une notoriété pareille. Tout le monde connait La Roque pour son festival international de piano. Je suis là, en tant que Maire, très modestement pour accompagner l’équipe très professionnelle qui dirige ce Festival (Jean-Pierre Onoratini et René Martin) et les aider à atteindre leurs ambitions.

Les autres sujets d’importance sont la transition écologique et aussi le numérique. Les retransmissions numériques permettent de décupler les spectateurs. Et je voudrais conclure sur cette importance du partage, qui est le fond de la culture et en même temps très proche de la politique. C’est la culture qui fait vivre nos territoires.

Propos recueillis par
Colombe Warin,
le 21 août 2020 à La Roque d’Anthéron

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