FESTIVAL D’AVIGNON : « ENTRE CHIEN ET LOUP », UN GOÛT D’INACHEVE

entre chien et loup

75e FESTIVAL D’AVIGNON : « Entre chien et loup » – Mise en scène : Christiane Jatahy d’après le film « Dogville » de Lars von Trier – Festival d’Avignon 2021 à l’Autre scène – 15h00 durée 2h.

Après « La Cerisaie » présentée cette année dans la Cour d’Honneur et mise en scène par Tiago Rodrigues qui parlait de changement, c’est encore ce fil conducteur qui prédomine dans le travail de la metteuse en scène Christiane Jatahy. A partir d’une adaptation réalisée par elle-même du film « Dogville » de Lars von Trier, Christiane Jatahy sculpte la mécanique du fascisme, celui d’Etat mais aussi celui plus intime qui s’insinue dans chacune de nos décisions et qui dans un groupe, peut conduire au pire.

Au contraire de Lars von Trier, la metteuse en scène emmène le cinéma au théâtre. Au travers d’un procédé élégant de plans fixes et d’images faussement en direct, sorte de réalité augmentée de la vie, Christiane Jatahy fait évoluer Graça, jeune réfugiée politique qui a fui un pays totalitaire. Graça se retrouve ainsi au sein d’une communauté dans
laquelle Tom, idéaliste, va tenter l’expérience de l’acceptation de l’autre, persuadé que l’Homme peut changer et aller vers le mieux. Mais c’est une longue descente aux enfers que va subir la jeune Graça.

Avec un format assez court pour le sujet (2 heures) Christiane Jatahy prend le risque de ne pas donner le temps nécessaire aux comédiens de jouer avec subtilité cette longue, lente et moite bascule vers le fascisme. Pari presque perdu, les deux heures ne suffisent pas à planter le décor en tenant le public en haleine et en laissant la tension
s’installer. Tout dans le jeu et la mise en scène est trop rapide pour que les spectateurs soient réellement entraînés dans les tourments infligés par les nouveaux bourreaux de Graça. Dans ce petit espace sur scène, la metteuse en scène recrée une communauté entre un petit village reculé et une colocation. Tous les comédiens restent sur le plateau,
tantôt en premier plan tantôt derrière la caméra, avec comme témoin de leur expérience le public. Tout cela n’est d’ailleurs pas toujours lisible, comme la schizophrénie d’un comédien qui « voit » en tant que preneur d’image une scène de dérive fasciste et qui continue sans sourciller son rôle quelques instants après. L’indéniable habileté des
comédiens ne parvient pas à embarquer avec eux les spectateurs/témoins.

Tout va trop vite pour que cela soit tangible et efficace. Ces ruptures en deviennent par là même parfois risibles car trop téléphonées une fois la surprise passée. Ici nulle impression de lourdeur, de moiteur et de tension allant crescendo, ce qui serait pourtant la clef pour une telle pièce.

La mise en scène reste trop froide et trop lisse, à la limite du papier glacé et sans sueur, sans cette réelle montée en puissance qui pourrait tenir le spectateur d’un bout à l’autre de la pièce et déclencher une poussée d’adrénaline à la fin de la représentation. « Tom » prône en préambule que l’Homme peut changer et aller vers le meilleur, mais ici
nul changement ou nouveauté mais plutôt un sentiment de déjà-vu un peu inutile car trop fugitif pour laisser installer ce climat indispensable à ce type de texte et de travail.

Pierre Salles

Photo Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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