AUX CELESTINS, UN « ARCHEE » QUI NE TIENT PAS SES PROMESSES

Mylène Benoit; Archées; Phénix

75e FESTIVAL D’AVIGNON. « ARCHÉE » – Mylène Benoit – Cloitre des Célestins à 22H – du 17 au 20 puis les 22 et 23/07/21.

Le 2ème sexe.

Depuis « Le renard ne s’apprivoise pas » en 2013, Mylène Benoit passe du OFF au Festival avec, cette fois-ci, une pièce de femmes : « Archée », présentée dans le sublime Cloître des Célestins d’Avignon.

Après un retard de vingt minutes, les spectateurs sont autorisés à rentrer dans ce cloître où trônent de part et d’autre du plateau, deux magnifiques platanes et où souffle un mistral avec lequel il faudra faire sur scène comme dans la salle.

Sur le plateau, on entend le bruit d’un marteau qui tape sur de la ferraille. On distingue comme une carapace de fer qui se forme. Le noir finit par se faire et on entend des sons qui deviennent des cris qui résonnent dans tout le cloître sans que rien ne se passe sur le plateau. On se prend même à imaginer qu’il y en a qu’ils sont poussés du dehors de l’enceinte des murs… l’effet de l’écho et du son porté par le vent sans doute…

Neuf femmes finissent par apparaître. Ce sont elles qui étaient l’organe de ces sons… Elles sont alanguies sur les petites scènes qui font le tour du cloître. Elles poursuivent leurs sons gutturaux… On nous dit qu’elles ont été formées « au chant de gorge inuit » c’est rentable mais peu esthétique ni harmonieux et c’est un peu tout le drame de cette pièce : de bonnes idées et une réalisation qui se perd, un moment d’expérience de studio qui ne tient pas sur ce vaste plateau du Cloître.

De ces neufs femmes, deux sont musiciennes, elles vont rejoindre l’une son violoncelle, l’autre sa platine de DJ et les sept autres, éparpillées, se rassemblent pour former un essaim de sons au milieu de la scène…

L’une d’elle demande « c’était comment la première fois où ton sang a coulé ». Il paraît que c’est comme cela que la chorégraphe traite de la question des menstruations… un peu bref…

Ensuite, on saura qu’il manque 100 000 femmes dans le monde, notamment en Inde et au Japon car elles sont tuées, la pratique religieuse prenant comme un malheur celle d’engendrer une fille… Puis rien d’autre… on se croirait sur tweeter… bref, informatif (parfois) mais pas traité, pas développé… c’est dit et presque, cela suffit à la chorégraphe qui laisse cette information flotter sans rien en faire de palpable… Bon.

Ce qui va suivre est aussi laborieux. Les femmes s’enduisent de crème, puis de peinture et se livrent à une séance de body painting… On voit dans des vidéos consacrées à Yves Klein, par exemple, ces performances… On était dans les années 1970… cela avait du sens, mais là, c’est un peu vain…

« Archée » ne tient donc pas ses promesses. La pièce reste au stade d’expérience de laboratoire et ne passe pas le pallier de la réalisation à grand format. Elle se perd dans l’immensité des problèmes du vaste monde et devient un petit pas pour la femme mais sans doute pas un grand pas pour l’Homme.

Il y avait pourtant matière à traiter cette dimension matriarcale, mais il aurait fallu pour cela trouver une dramaturgie et des outils, y compris scéniques, pour apporter les questions, suggérer voire montrer des résolutions. Quant à la chercheuse,  elle dit qu’elle aurait voulu être anthropologue, faire des fouilles et des sciences… à ce stade elle n’est ni l’une ni l’autre, car elle ne prend pas le problème pan par pan mais effleure seulement la chose, sans prendre le temps de régler son compte à celui des thèmes qu’elle veut aborder.

C’est un peu comme un ouvrage inachevé… Même la puissance d’Hanna Hedman avec son solo ne vient pas convaincre de la maîtrise du sujet par la chorégraphe. Elle ne sait pas sortir des impasses qu’elle imagine en se livrant à cette recherche, inspirée Kyudo japonais, pourtant un art très documenté, notamment sur l’état dans lequel il faut être pour le pratiquer et viser juste avec sa flèche… Ici, c’est raté et on le regrette car la danse a une si petite place dans ce festival qu’il aurait été salutaire de montrer des œuvres qui soient à la fois plus représentatives de la création chorégraphique nationale (on peut donner des noms !), mais aussi plus accessibles au public qui part en étant resté bien extérieur à cette proposition particulièrement bien adaptée à un laboratoire de recherche mais pas à la scène d’un si grand festival international. Une erreur de casting dommageable pour l’artiste par ailleurs attachante et sincère dans sa démarche.

Emmanuel Serafini

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