« FARM FATALE », LA CATASTROPHE ECOLOGIQUE SELON PHILIPPE QUESNE

Farm Fatale - Philippe Quesne

« Farm Fatale » – mise en scène Philippe Quesne – Avec : Peter Brombacher, Leo Gobin, Stefan Merki, Damian Rebgetz, Julia Riedler – Au Théâtre de Vidy, Lausanne, du 1 au 3 avril 2022 et en tournée

Autour, c’est le vide, le néant, le blanc glacé. Tels des clowns mal fagotés, ils arrivent en chantant, chargés de bottes de foin: quatre épouvantails vêtus de bric et de broc par-dessus un corps débordant de paille. Ils n’ont vraiment pas bonne mine avec leurs têtes de zombies. Leurs démarches et leurs gestes sont raides et malaisés. Et pourtant, avec des voix de dessins animés, ils chantent avec entrain: « I’m walking to the farm to grow it ». Mais les oiseaux ont disparus et ils sont au chômage, écoutant avec mélancolie leurs chants enregistrés. Ils ont constitué leur propre communauté et partagent, par le biais de leur émission radio, les archives sonores d’une nature en déliquescence.

Débarque un cinquième larron, celui-là vient de la ville où il était dans le domaine artistique: Il est bardé de pancartes à slogans écologiques du style « There is no planet B ». Et chacun de raconter l’histoire de son origine et la fin tragique des fermiers humains dont il est issu. Le glyphosate, l’émigration vers le Canada, l’impossibilité de se mesurer à l’agriculture intensive moderne, le suicide. Et pourtant la bande ne sombre pas dans la dépression, au contraire, ses membres sont plein de ressources et d’optimisme. Ils ne se laissent pas abattre et entreprennent l’interview de Margrit la reine des abeilles ainsi qu’un concours de slogan pour la sauvegarde de la planète.

Les comédien.ne.s, dans le genre clownesque, sont parfaits. Leurs costumes, leurs postures et leurs voix technologiquement transformées, évoquent une sorte de Muppet Show post apocalyptique très réussi, magnifié par d’excellentes reprises musicales.

En figurant les misères dues au réchauffement climatique avec des personnages aussi élémentaires et spontanés, Philippe Quesne permet une approche poétique et pragmatique à la fois de sujets aussi graves que l’extinction des espèces, la pollution par les pesticides ou encore l’accablement qui empoigne le secteur de l’agriculture. La catastrophe écologique est abordée d’une manière originale, mais l’humour goguenard de ces épouvantails candides, même s’il fait rire à plusieurs reprises, n’est pas apte à reconduire une réflexion sur le sujet. Le spectacle demeure divertissement. La fin de l’histoire, convoquant le pouvoir de la musique et une magique renaissance pascale à base d’oeufs colorés, est tellement emberlificotée que l’on n’y perçoit qu’une impasse qui laisse perplexe. Comme dans la réalité, peut-être?

Martine Fehlbaum,
à Lausanne

Photo Martin Argyroglo 

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