« LES NEWCOMEUSES » : JEUNES CREATRICES AU VIDY-LAUSANNE

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Lausanne, correspondance

Jeunes créatrices au Théâtre de Vidy-Lausanne, Les « Newcomeuses » : This is not a love song de Lola Giouse, Les papillons la nuit de Sarah Eltschinger, On Achève Bien Les Oiseaux de Sarah Calcine et Pauline Castelli, Autostop de Floriane Mésenge et Épisode de Melissa Guex et Charlotte Vuissoz ( je n’ai pas assisté à cette performance) ont été présentés du 9 au 12 juin dans les salles de Vidy et à l’extérieur.

Autostop de Floriane Mésenge
avec Maxime Gorbatchevsky, Jean-Daniel Piguet, Floriane Mésenge

Le spectacle est joué en extérieur, aux abords du théâtre. Différents dispositifs égaient la narration: un coin parasol permettant la discussion fait face au public installé sur des gradins et quelques véhicules parqués dont certains seront utilisés. Au fil du spectacle, d’anecdotes en discussions, l’autostoppeuse brosse les portraits de ses rencontres éphémères interprétées avec les deux comédiens. Iels ont rassemblés leurs expériences pour en faire une véritable enquête sociologique qui se déploie avec autant d’humour que d’ émotion. Les gilets jaunes, la sexualité, le danger, la politique, l’instinct…des tête-à-tête à bâtons rompus avec des personnages que plus jamais l’on ne reverra. Une contingence de situations improbables qui ouvrent les perspectives de rencontres particulièrement sincères et spontanées. Jouées avec malice et drôlerie, ces saynètes performées deviennent autant d’histoires fascinantes, plaisantes, intrigantes ou osées.
Les expériences vécues par les protagonistes, remodelées pour la scène, offrent un panorama épatant de la pratique aventureuse de l’autostop, cette liberté en perdition.

This is not a love song de Lola Giouse
Avec Géraldine Dupla, Simon Hildebrand

Sur la pelouse, près du pavillon du théâtre, à la faveur de la nuit tout juste tombée, iels viennent à la rencontre du public. Un couple totalement exalté, surexcité, débordant d’un enthousiasme irrépressible. Iels se découvrent amoureux et ne peuvent s’empêcher de le crier sur les toits, tellement ce désir incommensurable du corps de l’autre est chaud et délicieux. Elle dispose des mots, des phrases pour dire tout le bien qu’elle lui veut, tout le manque qu’elle ressent lorsqu’il s’absente, elle en est prodigue et les jette crûment à la face du monde. Et elle attend la même chose de lui. Seulement lui ne possède pas cet outil-là, il n’est capable de produire que de barbares onomatopées. Déconfite, elle le découvre autre, et l’attrait de la peau s’amenuise. La symbiose que provoque le désir physique ne tiendrait-il qu’à un fil? Le discours amoureux se fragmente, se délite ou s’apaise. Se fondre l’un dans l’autre, ça existe? oui, pour un moment, le temps d’une chanson nostalgique.
Deux interprètes fougueux et habités soutiennent ce texte évocateur qui nous entraîne dans la réminiscence des sensations et du sentiment amoureux.

Les papillons la nuit de Sarah Eltschinger
Avec Chady Abu-Nijmeh, Camille Legrand, Yann Philipona, Adèle Viéville

La scène est plongée dans le noir, quatre silhouettes se discernent par leurs tenues claires identiques. Peu à peu la lumière dévoile le sol jonché de pièces noires. Un puzzle sibyllin dont les personnages vont assembler et éparpiller les pièces à plusieurs reprises. C’est la mise en abîme d’un texte de Pavel Priajko sur une récolte de pommes louvoyant vers l’incohérence, métaphore de la difficulté d’accomplir ensemble, de vivre ensemble, de demeurer des individualités tout en collaborant avec le groupe. La tâche parait pourtant simple: ramasser et entreposer des pommes pour l’hiver. Très vite, l’un se distingue, prescrivant la bonne façon de faire. Et s’enchaînent les impairs, maladresses involontaires, actes irréfléchis, faisant capoter toute l’entreprise. Tel.le.s des papillons de nuit, ils sont attirés par la lumière factice émise par celui qui semble savoir, l’autorité faisant foi. C’est sans compter la loi de Murphy: quelqu’un forcément fera une erreur.
Le jeu des comédien.ne.s fonctionne à l’image de cette incompréhension: neutre, sans regards échangés, le texte seul raconte, le corps ne participe que lorsqu’il est blessé.
Sur l’enregistrement musical d’un morceau mythique de la comédie musicale Hair, un moment fascinant où les quatre personnages se regroupent et trouvent enfin une cohésion, mais dans une marche rigide et militaire. « Tués par des rêves chimériques-Ecrasés de certitudes-Dans un monde glacé de solitude ».
Comment s’évader sinon en retournant les pièces du puzzle, en effacer l’image, celle qu’on a tant aimée, et reformer un carré noir parfait laissant place à l’imagination.
Mon coup de coeur pour cette pièce tient à sa forme originale, à la singularité du jeu des comédiens, aux ambiances musicales et lumières, au symbolisme du texte et à son extraordinaire mise en scène.

On achève bien les oiseaux de Sarah Calcine et Pauline Castelli
Avec Sarah Calcine, Pauline Castelli, Lucas Savioz

Au prétexte d’une projection ratée du film de Sidney Pollack « On achève bien les chevaux » lors d’un concours culinaire, l’animatrice s’évertue à vouloir divertir le public en rejouant outrageusement des scènes du film avec son stagiaire. Il est dit dans le dossier de presse que le spectacle s’apparente à une tentative d’épuisement (du sens, du rythme, des mots, des corps, des relations et du plateau) laquelle malheureusement atteint aussi le spectateur. Face à l’énergie produite par cette animatrice hyperactive, au film qui déraille, à la voix qui se superpose à la bande son, aux actions théâtrales répétées de scènes du film, à la course effrénée de dix minutes exécutée par le stagiaire, l’attention de l’assistance faiblit. Quant au concours culinaire, que vient-il faire dans cette galère? Mystère. La seule raison de la compétition ne semble pas avoir été réellement exploitée.
On peut cependant s’incliner devant le punch et l’audacieuse détermination des interprètes dont le but est d’entraîner un chaos méticuleusement orchestré par la mise en scène.

Martine Fehlbaum, à Lausanne

Image: Les papillons la nuit de Sarah Eltschinger – Photo Nicolas Brodard

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