FARM FATALE : PHILIPPE QUESNE ORCHESTRE UN JOYEUX COMBAT ÉCOLOGISTE

FARM FATALE – Conception, scénographie, mise en scène : Philippe Quesne – MC 93. Bobigny du 15 au 19 avril 2026 et en tournée.

Tout est blanc. Désert ou désir de pureté ? Ballot de paille, léger comme une plume, sur l’épaule ils entrent en chantant. Une sorte de comptine. Un peu naïve. Faussement naïve. « Le ciel est bleu. Le soleil est jaune. La mémoire est douce ». Mémoire de temps où certainement leur terre était plus joyeuse. Plus douce en effet. Moins polluée et livrée aux tortueuses arcanes du profit. 

La fable écologiste que Philippe Quesne nous invite à méditer a bien, l’air de rien, des allures d’alerte. Un monde en danger. Le vivant en voie de disparition. Et cela depuis quelques années déjà puisque ce spectacle créé en 2019 pour le répertoire du Münchner Kammerspiele de Munich ( Fondé en 1912. Joyau de l’Art nouveau et théâtre où Bertolt Brecht débuta sa carrière) semble toujours d’une effrayante actualité.  

Les protagonistes de cette aventure sont de braves épouvantails. Des héros de bric et de broc. Peut-être rescapés d’un hypothétique désastre. Personnages de campagne. En éternelle méditation. Destinés aussi à effrayer. Notamment les oiseaux. Mais à qui désormais et paradoxalement ces mêmes oiseaux semblent cruellement manquer. Et puis  « plus d’oiseaux, plus de boulot ! » logique ! Personnages nostalgiques d’un autre temps où l’agriculture intensive n’avait pas encore massivement pris le pouvoir.

Animateurs d’une radio pirate, du bout de leur fourche, ils collectent les sons de la nature. Avant qu’il ne soit trop tard. Tous les sons. Et « font de la radio contre le silence du monde ». Sauver la mémoire du vivant tant que faire se peut. Chants d’oiseaux. Bruits de rivières. De montagnes. De rochers. Coassements de grenouilles. Tout est à préserver. Tout comme cette abeille wallonne dont ils feront l’interview. Avec traduction simultanée. Un savoureux entretien. Mais encore une fois sur le fil du désastre. Et toujours avec humour et légèreté . Parce que cette petite tribu aux allures de clowns parfois féroces et aux slogans tout prêts à être scandés, ce sont avant tout des êtres de bienveillance. Réalistes quand ils évoquent la mort d’un oiseau. Le suicide d’un fermier. Mais toujours poétiques dans la forme de leurs actions. Toujours avec cette apparente naïveté de tous les instants. À l’image de cette cruelle chanson enfantine « Alouette je te plumerai… ».  

Ces gentils épouvantails aux voix étranges et déformées et aux accents parfois bien rock et rauques, sont aussi musiciens. Comme les clowns le sont. Et quand ils jouent « Stand by me » le tube des années 60 de Ben E. King, ce sont des notes de lutte et de tristesse. « Quand la nuit arrive et que la terre est sombre et que la lune est la seule lumière que nous voyons, non je n’aurai pas peur… »

Lutter, ils y sont prêts. Poètes militants. Dérisoires et déterminés. Quand la grande industrie agroalimentaire menace leur ferme et leurs œufs multicolores, arc en ciel couleurs de paix. Prêts à gagner le combat. Tous ensemble. Tous ensemble. Et redonner au monde son enchantement. Collectifs ces héros du quotidien le sont de bout en bout. Vaincront-ils ou n’est-ce là qu’une belle utopie ? « To bee or not to bee » comme le parodie l’un d’entre eux. Oui la question est bien là. 

Cet improbable club des cinq ce sont une actrice et quatre acteurs magnifiques. Aux expressifs masques de tissus blanc. Difformes et de guingois ils ont en eux cette noblesse des gueux. Les acteurs, eux, ont la générosité qu’ils confèrent à leurs personnages. Démasqués au salut ils sourient. Et c’est un bonheur. 

Arthur Lefebvre

Conception, scénographie, mise en scène Philippe Quesne – Avec Sébastien Jacobs, Léo Gobin, Nuno Lucas, Anne Steffens, Gaëtan Vourc’h – Collaboration scénographie Nicole Marianna Wytyczak -b Collaboration costumes Nora Stocker – Masques Brigitte Frank – Création lumière Pit Schultheiss – Création son Robert Göing, Anthony Hughes – Assistanat à la mise en scène Jonny-Bix Bongers, Dennis Metaxas – Dramaturgie Martin Valdés-Stauber, Camille Louis – Régie générale François Boulet – Régie lumière Vincent Chrétien – Régie son Félix Perdreau – Traduction et adaptation française pour le surtitrage Valentine Haussoullier

En tournée :

-15 et 16 mai 2026 Southbank Center London Uk

-6 et 7 juin 2026 International Forest Festival / Thessalonik (Greece)

Photos Martin Argyroglo

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