SANG ET ROSES : un Guy Cassiers comme un mauvais « Son et Lumières »

Un public qui se défile en catimini dès la première demie-heure, un écran hyper-géant qui mange la muraille pourtant magnifique de la Cour, un plateau nu ou presque, sur lequel trônent quelques comédiens qui semblent perdus dans l’immensité, à l’image de ce dernier opus de Guy Cassiers sans chair ni idées… Jamais sans doute ce lieu magique, pourtant emblématique de l’excellence d’un Festival internationalement reconnu, n’aura accueilli une telle débâcle, oeuvre vide et prétentieuse digne d’un mauvais téléfilm d’Arte.

Deux heures et demi d’un ennui vertigineux où quelques -pourtant excellents- comédiens se débattent avec un texte (Tom Lanoye) tout juste bon à illustrer les cours d’histoire du primaire, écrasés par une technologie qui ne parvient pas à restituer quoique ce soit de leur inutile prestation. Un pitch linéaire, qui décrit platement ce moment des vies de Jeanne d’Arc et de Gilles de Rais, destins croisés de deux figures quasi-mythologiques, qui finiront tous deux sur les bûchers de l’inquisition…

Désincarné, sans vie, ce Sang & Roses est un objet vain, une coquille vide illustrative et décorative, dans laquelle rien, absolument rien ne se passe, pas plus que ne passe la moindre petite flamme qui pourtant éveillerait ce pensum fastidieux, évocateur du pire du théâtre des années 50, où sur ce même plateau, quelque metteur aussi peu habité et imaginatif donnait un énième classique vidé de sa substance…

On n’ose imaginer ce qu’un Castellucci, un Jan Fabre ou un Vincent Macaigne, ou même un Sivadier, auraient fait d’un tel thème, propice à des épanchements de sang et de feu, déployant la matière féconde de ce mythe en une tragédie shakespearienne, résurgeant toute la cruauté et la fureur sous-jacentes…

Mais Guy Cassier prouve là qu’il n’est qu’un petit metteur en scène sans imagination ni talent, parfaitement surévalué. Sa direction d’acteurs, tout juste correcte, ne rattrape pas la vacuité de sa mise en scène, statique, plate, désespérante d’ennui et de facilités. Aucune trouvaille, aucune idée, ne viennent troubler le fil tranquille de cette reconstitution historique sans saveur ni chair, un mauvais « Son & Lumières » dont même Le Puy-du-Fou ne voudrait pas.

Même la musique, pourtant fort belle, ne parvient pas à sauver cette défaite. Ces polyphonies du XVe siècle chantées a-cappella ne sont qu’un élément décoratif de plus, comme tout le reste de la partition de Guy Cassiers.

Quel gâchis que donner ce navet soporifique dans la Cour d’Honneur, dont Cassiers n’a voulu -ou pu, il y faut du talent- utiliser l’énergie extraordinaire que dégage ce lieu hors-normes, propice à un Théâtre magnifique. Une débâcle absolue, on vous l’a dit.

Marc Roudier

Sang & Roses, le chant de Jeanne et Gilles / ms Guy Cassiers / Tom Lanoye / Cour d’Honneur / Jusqu’au 26 juillet / 22 h.

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