SALLE D’ATTENTE / KRYSTIAN LUPA AU THEATRE DE LA COLLINE

J’ai vu dans Catégorie 3.1 la possibilité d’exprimer quelque chose d’essentiel sur l’homme, sur une communauté, et surtout sur une communauté de jeunes… Tout en voulant traiter ce texte très librement, je me suis dit que je me concentrerais plutôt sur la condition des jeunes, sur leur attrait ou leur tendance à la destruction, tout ce qui est en fait la conséquence du désir, du besoin de la vie mythique. Je ne voudrais pas que ce spectacle soit aussi négatif ou nihiliste que le texte de Norén. Krystian Lupa

Krystian Lupa est une figure clé du théâtre polonais. Ce spectacle est essentiellement inspiré de la pièce la plus longue et la plus acide du suédois Lars Norén : « Catégorie 3.1 » dont le titre est à rapprocher du terme “Personkrets 3.1” qu’utilise l’administration de la ville de Stockholm pour désigner les marginaux. Dans la pièce, alcooliques, drogués, prostitués, psychotiques, SDF et chômeurs peuplent Sergelstorg, une place du centre de Stockholm. Un univers qui promet donc une esthétique nihiliste et passionnelle. Mais –déception– la mise en scène ne fait pas mouche.

C’est d’autant plus dommage que la première scène provoque un coup de foudre: le spectateur est catapulté dans la dimension intimiste et choquante d’un couple occupé à se droguer. Lui, incapable de se piquer, s’énerve tandis que sa compagne, comme une infirmière fidèle, cherche une veine. Une fois la dose injectée, relaxe. A son tour, elle se pique sous le genou. L’orgasme arrive, les deux plongent dans les plaisirs de l’héroïne. A ce point, il semble qu’un jeu entre tension et relâchement nous guidera dans un monde sordide pendant trois heures. Erreur.

Car, bien que, oui, les personnages de cette pièce aient du mal à tenir sur leurs jambes, dorment sur des matelas sales, bien qu’ils soient drogués, alcooliques, marginaux à souhait, on ne croit pas en leur perte. La faute en incombe aux acteurs trop beaux, et de fait, à leur manque d’authenticité. Parce que malgré leur engagement, leur air propre et frais nous empêche de croire à la décrépitude. “Il y a de l’espoir à l’infini, seulement il n’y en a pas pour nous”, dit l’un, citant approximativement Kafka.

Ce défaut majeur est peut-être à mettre en rapport avec un travail d’expérimentation sur l’improvisation que l’on doit reconnaître à Lupa: les acteurs doivent réinventer leur rôle en écrivant des monologues intérieurs inspirés des personnages de Norén, explorer les forces du subconscient. « Attention au mensonge ! Il faut traiter l’improvisation comme un brouillon. Si tu accumules beaucoup alors tout s’écroule et c’est très bien. Ne pas s’accrocher à ce que tu as préparé. Plus tu te surprends, plus tu commences de manière personnelle. Que cela soit effrayant ! »

Camilla Pizzichillo

Voir aussi l’entretien avec Krystian Lupa et extraits des répétitions du spectacle « Salle d’attente » : http://www.theatre-video.net/video/Salle-d-attente-L-Noren-K-Lupa</span

Salle d’attente / librement inspiré de « Catégorie 3.1 » de Lars Norén / texte, scénographie, lumière et mise en scène Krystian Lupa / du 7 janvier au 4 février 2012 / Théâtre de la Colline / Prochaine répresentation: du 7 au 11 fevrier à la MC2 de Grenoble; le 16 à Chateauroux (L’Equinoxe); les 28 et 29 au Théâtre de l’Archipel (Perpignan).

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