MARIA TOLEDO / NINO JOSELE : FOURREAU ROUGE VS CHEMISE BLANCHE

FLAMENCO : Festival Flamenco Nîmes 2012 /  Soirée du 18 janvier / Théâtre de Nîmes.

Maria y José ya no están en Belén

Les chemins flamencos sont multiples. Et sans opposer tradition et création, les courants novateurs sont plus ou moins heureux. A vouloir chercher l’originalité et la créativité jusqu’à l’excès, on aboutit parfois à des « mayonnaises qui ne prennent pas »

La première partie du spectacle de ce soir fait partie de ceux-là. Maria Toledo, superbement moulée dans un fourreau rouge pailleté et fendu comme il se doit a fait un spectacle « Dalidesque » perchée sur de l’escarpin de 20 centimètres à faire fantasmer tous les fétichistes refoulés de la salle. Sculpturale et belle, nimbée d’une superbe chevelure blonde, sa voix est sans conteste chaude et captivante. Elle assure, la belle. D’autant qu’elle est pianiste aussi. Mais son jeu de piano pâlichon et sans saveur n’a rien apporté à son chant, semblant plus une entrave à sa voix qu’une mise en valeur. Elle n’avait pas besoin de ça. Un moment interminable d’un sirupeux violon pour accompagner notre Dalida nostalgique, puis La Bohème d’Aznavour chantée partiellement en français (surprise sympathique) a donné une note finale plutôt heureuse, même si elle m’a mis le moral en berne … « la bohème …. et nous étions … heu-reux …. (j’avais oublié mes kleenex à la maison).

Un « fino fresquito » plus loin … pour calmer le spleen de ma bohème à moi …

Josele, el Niño, sobre et élégant avec sa chemise blanche cravatée fait une entrée en matière plus que prometteuse. Ses doigts agiles s’échauffent et nous plongent promptement dans le bonheur. Son toque est dans la lignée du grand Paco de Lucia … de la dentelle à l’oreille, de la légèreté non dénuée d’un fort caractère. Falsetas reconnaissables et un toque a compás qu’il « offre » à ses deux chanteurs avec un sourire complice et une attention permanente. Dans sa virtuosité musicale, il sait se mettre à la disposition des cantaores et d’Alain Perez qui ponctue la guitare sèche du maestro d’une basse originale du plus bel effet, seule touche « exotique » de cette seconde partie du spectacle. Inutile d’énumérer les palos qu’il a abordés. Nous n’en sommes pas à des inventaires …. Seuls les accords sont encore à mon oreille et restent des moments de grand bonheur.

Mais cette soirée nécessitait la cerise sur le gâteau, le point final qui nous laisserait un goût exaltant en bouche : la danse de Juan de Juan a été ce moment. Une danse puissante et sauvage inspirée par des musiciens exceptionnels. Une fougue qui semblait se perdre dans des abîmes et que seules ses chaussures rouges réussissaient à canaliser, n’a pas eu raison de ce bailaor surprenant.

Car sa danse n’est pas dentelles, fioritures et effets de style. Elle est puissante et virile. Les taconeos rapides des ses chaussures rouges sont à peine visibles à l’œil nu mais bien audibles, presque jusqu’à l’exaspération. Une patá de sa jambe droite répétitive le fait bondir comme un fauve, cheveux mouillés collés au visage. Mais Juan n’en a cure … il tord ses chevilles pour frapper le sol de tous les angles possibles de ses zapatos rojos qui en portent les empreintes … Quel cordonnier pourra effacer ces belles blessures infligées au cuir par tant de virtuosité du maestro

Un final, comme toujours, joyeux, généreux et communicatif et me voilà partie à travers les rues glaciales de la ville … Devant le mur de la Maison Carrée j’ai cru voir courir une paire de chaussures rouges.

Maja Lola

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