EINSTEIN ON THE BEACH : REPRISE DU CHEF D’OEUVRE DE BOB WILSON A MONTPELLIER

Einstein On The Beach, première mondiale de sa reprise 2012 à l’Opéra de Montpellier du 16 au 18 mars 2012.

En 1976, Robert Wilson crée pour le Festival d’Avignon une oeuvre qui va bouleverser la scène artistique mondiale. Einstein on the Beach, écrit et mis en scène par Bob Wilson sur une musique du compositeur Phil Glass et une chorégraphie de Lucinda Childs, était censé relater la vie et l’oeuvre d’Albert Einstein, ce phycisien phare du XXe siècle dont les théories -et la biographie singulière- ont largement contaminé toute la pensée scientifique de notre modernité.

Ce qui selon le Wall Street Journal de l’époque constitue  » les plus significatifs accomplissements du théâtre musical de toute la période post seconde guerre mondiale » est un coup de tonnerre, non seulement pour le public du Festival d’Avignon mais également pour l’ensemble de la communauté artistique de la planète. Il faut dire que cette oeuvre formidable rompait avec tous les codes traditionnels de l’opéra (puisqu’il fut ainsi défini), de la musique et de la représentation théâtrale ou chorégraphique. L’addition des recherches de ces créateurs aussi explosifs et novateurs, chacun dans leur discipline, qu’étaient Wilson, Glass et Childs, avait accouché d’un monstre exceptionnel, une révolution formelle qui allait marquer la fin de cette décennie d’une empreinte indélébile.

Après Avignon, l’oeuvre fut  donnée dans l’Europe entière pour terminer son parcours à New-York. Partout, de Hambourg à Paris, de Venise à Bruxelles ou Rotterdam, puis finalement au Metropolitan Opera de New York, elle déchaîna les passion, exacerba les commentaires. Le premier opéra de la contemporanéité, oeuvre à la fois populaire et d’une rare complexité, allait ouvrir le champ des possibles à toute une génération de compositeurs, chorégraphes et metteurs en scène.

Einstein on the Beach rompt avec  les règles de l’opéra, en même temps qu’il répercute une fracture dans la composition musicale traditionnelle pour cette discipline : Philip Glass imagine une partition largement connectée aux maîtres de la musique répétitive Terry Ryley ou La Monte Young, également mâtinée de l’influence des expériences extrêmes d’un John Cage ou de la musique sérielle. L’originalité et la puissance de sa partition pour synthétiseurs, choeurs, instruments à vent et violon solo ira contaminer notablement des créateurs de la génération suivante, des musiciens aussi importants que Laurie Anderson ou Brian Eno. Quant à Robert Wilson, son choix affirmé d’un process non narratif et non linéaire, marqué par un recours puissant à l’image et aux dispositifs visuels, va inséminer les procédures de mise en scène que les créateurs qui lui succèdent, dont Jan Fabre ou Castellucci aujourd’hui sont en quelque sorte les archétypes, vont largement reprendre à leur compte.

Les conditions de représentation de cette oeuvre inouïe sont elles-mêmes innovantes : Einstein on the Beach est un opéra d’une durée de cinq heures donné en continu, structuré en quatre actes entrecoupés « d’intermèdes » musicaux que Phil Glass nomme knee plays. Un « monument » sans entracte, préfigurant les oeuvres  « interminables » données au théâtre par la suite, comme le fameux Mahabharata de Peter Brooks lui aussi créé pour le Festival d’Avignon quelques années après. Une expérience limite donc, mais conduite sans dogmatisme, le public étant  invité à entrer ou sortir à sa guise et déambuler librement pendant toute la durée de la représentation.

En 1973, Philip Glass est impressionné par l’oeuvre montée par  Robert Wilson The Life and Times of Joseph Stalin. Il contacte alors Bob Wilson et décident ensemble de préparer un projet  commun, qu’ils concrétisent dès  le printemps 1974. Glass et  Wilson veulent travailler à partir d’une grande figure de la modernité, et Wilson propose  Charlie Chaplin ou Adolphe Hitler. Glass lui évoque plutôt Gandhi mais c’est finalement Einstein qui est retenu.  L’écriture théâtrale de l’œuvre s’effectue alors d’après des dessins de Robert Wilson, en concertation avec le compositeur.  La partie chorégraphique est  écrite par Andy Degroat et Lucinda Childs.  Après deux années de travail et de répétitions, la première mondiale d’Einstein on the Beach est donnée au Festival d’Avignon le 25 juillet 1976.

Dès le début de leur travail sur Einstein, Glass et Wilson optent pour une dramaturgie non-linéaire. La vie et l’oeuvre d’Albert Einstein sont donc le prétexte à une construction formelle indépendante, où l’inventivité  de Glass et de Wilson doit s’exprimer en vertu de leur propre pensée artistique, même si, forcément,  les thèmes développés, construits autour de symboles mathématiques et physiques, font clairement référence à la théorie de la relativité, aux grandes ondes ou à la bombe atomique.

Einstein on the Beach est un opéra total, une oeuvre-monde résolument contemporaine, emblématique d’une pensée créatrice instruite de la liberté et de l’inventivité de son temps, tout en puisant dans les fondamentaux qui l’ont nourri : des expériences Cagiennes des années cinquante aux performances du Living, de la danse de Trisha Brown aux expérimentations du Minimal Art ou de la musique répétitive . En somme, Il est devenu le symbole de la synthèse d’une époque infiniment riche déjà de révolutions formelles en tous genres,  et un formidable modèle pour les créateurs qui lui ont succédé.

Marc Roudier

Einstein on the Beach / Opéra en 4 actes / Durée : 5 heures / Mise en scène : Robert Wilson / Musique  :  Philip Glass  / Livret   :  Christopher Knowles, Samuel L. Johnson et Lucinda Childs  / Dates de  composition   1975-1976  / Création   mondiale : le 25 juillet 1976, Festival d’Avignon, France, par le Philip Glass Ensemble.

Einstein on The Beach sera remonté au printemps 2012, 36 ans après sa création mondiale au Festival d’Avignon, et fera l’objet d’une tournée internationale qui débutera à Ann Arbor aux USA, et se poursuivra à Montpellier (16/18 mars 2012), Londres, Toronto, NYC, San Francisco et Amsterdam.

A noter : La revue Agone prépare également un dossier sur cette oeuvre, à paraître début 2012.

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