L’ENTÊTEMENT : MARTIAL DI FONZO BO / ELISE VIGIER

L’Entêtement de Rafaël Spregelburd / traduction de Martial Di Fonzo Bo / mise en scène Martial di Fonzo Bo et Elise Vigier / En tournée

Il est des metteurs en scènes qui se lient indissociablement à un auteur contemporain : Chéreau et Koltès, Françon et Bond, Demarcy-Motta et Melquiot, Di Fonzo Bo et Spregelburd etc… Cet acoquinement est souvent pour le meilleur tant la complicité qui les anime donne au spectacle quelque chose d’indicible.

Martial Di Fonzo Bo, acteur de Régy, Rodrigo Garcia, Langhoff est aussi l’un des plus brillants metteurs en scène de sa génération, qui a su magnifier des auteurs comme Copi, son compatriote argentin.

Rafaël Spregelburd, argentin lui aussi, a décidé d’écrire une heptalogie à partir du tableau Les Sept péchés capitaux de Jerôme Bosh. L’auteur réactualise ces péchés et se suivront donc sept pièces dont cinq ont déjà été traduites et montées en France par Di Fonzo Bo : La Connerie, La Paranoïa, La Panique et L’Entêtement. C’est cette dernière qui a été présentée en France au Festival d’Avignon puis pour une belle tournée dans tout l’Hexagone.

La scénographie se compose d’un immense plateau tournant qui montre plusieurs faces d’une maison. La spécificité du texte est qu’il raconte trois fois la même histoire vue sous l’angle différent des personnages d’une même famille. Pendant que le père est dans la salle à manger, la femme est dans la cuisine et la fille dans sa chambre. Chacun vit sa petite histoire (à laquelle se mêlera la grande histoire de la guerre d’Espagne) de façon différente.

Il y avait tout pour faire un spectacle magistral : un metteur en scène qui tient la route, une bande d’acteurs épatants, une scénographie et des lumières aux petits oignons… mais cette pièce restera complètement imbuvable. Le prétexte narratif tient à une idée, à savoir comment le personnage principal (joue par Di Fonzo Bo) invente une nouvelle langue, un autre espéranto qui devrait être compris de l’intégralité du monde. Et pendant deux heures vingt, on essaye de comprendre ce qu’est ce nouveau langage, comment il peut fonctionner. Ce qui est terrible, c’est que si le fond est un échec (on est désemparé par l’ineptie de cette histoire qui n’a ni queue ni tête mais qui veut nous vendre un réalisme concret), la forme n’est absolument pas moderne. Pas de théâtralité nouvelle, une narration dans une langue insipide et banale que la traduction n’aide pas à sortir de sa mollesse.

Plus on avance dans la pièce, plus le texte se révèle être une coquille vide, et plus la scénographie apparaît monumentale, afin sans doute de cacher ce trou béant qu’on essaye de nous vendre comme l’oeuvre d’un auteur prometteur (à la vingtième pièce, il est étonnant d’être toujours rangé dans la case des auteurs prometteurs). Rien ne nous est épargné, des élans mystiques ridicules aux hurlements hystériques de la folle violée par le prêtre… Pour finir en beauté, et sur ce qui révèle le manque d’inspiration de l’auteur, la bonne psychotique tue tout le monde en deux minutes et l’on se retrouve à se dire « enfin ».

Cependant, les applaudissements sont généreux pour des comédiens qui se démènent tous pour faire s’envoler comme ils le peuvent ce texte qui est un ballon crevé.

En sortant, une dame âgée se dirige vers un groupe de jeunes pour leur demander ce qu’ils ont compris du spectacle. Regard interloqués, pas de réponse. Les générations sont unies par le désarroi que provoque ce spectacle.

Bruno Paternot

Photo : Christophe Raynaud De Lage

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