LES GRANDES TRAVERSEES 2012 : MATANICOLA’S MAGICAL MYSTERY TOUR ENFLAMME LA BASE SOUS-MARINE

Bordeaux : Matanicola’s MAgical Mystery Tour / Les Grandes Traversées 2012 / Du 17 octobre 2012 au 21 octobre 2012.

Le collectif Matanicola animé par Matan Zamir (Tel Aviv – Berlin ) et Nicola Mascia (Turin – Berlin) avait carte blanche (du 17 au 21 octobre) pour créer un événement hors normes. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il a littéralement embrasé, pour sa soirée de clôture, la Base Sous-Marine, ce bunker solennel, lourd d’Histoire, reconverti en espace culturel atypique.

« Part U & Part E », cette performance conçue comme « une extension du processus de recherche autour de l’improvisation » (référence faite à « Versus », leur précédent opus) et portée par des chorégraphes, performeurs, plasticiens, musiciens, acteurs, issus de la scène internationale contemporaine, a créé un choc dont les ondes ont traversé le béton épais des blockhaus construits pendant la dernière guerre pour abriter les sous-marins nazis. Immergé d’emblée dans un monde féerique, accueilli par des hôtes/hôtesses en robes de lamé argenté dénudant des chutes de reins avenantes ou par des circassiens aériens, le « spect-acteur » est intégré à la gigantesque fête qui se prépare et en devient lui-même l’un des composants.

La musique aux accents psychédéliques et les jeux de lumières exhalent des substances enivrantes qui ne manquent pas de dissiper ce que chacun contient de réserves et viennent libérer de subtiles sensations. Introduit ainsi, dans un monde onirique, chacun au gré de sa déambulation, vit l’expérience d’une fête impromptue aussi euphorisante que celle vécue en d’autres temps et autres lieux par Augustin Meaulnes , même si les repères ici sont aux antipodes d’ un romantisme daté. Les corps travaillés par des pulsions qui les tordent en tous sens se donnent à voir dans des mises en scène où les différents arts (musique, performances vidéo, installations, cirque, danse, théâtre) sont convoqués pour s’étayer. Leur point commun est le « dur désir de durer »  qui transcende ces œuvres paradoxalement éphémères, destinées à disparaître aussitôt que créées, mais qui en mettant en tension deux aspirations contraires traduit toute la complexité des Arts Vivants. Aux confins du rêve et du quotidien recréé devant nous, se joue l’aspiration à atteindre l’insoupçonnable légèreté de l’être : les corps s’enlacent dans une pyramide humaine traversée comme au ralenti par le flux et les ressacs du désir. Extrait des pesanteurs terre-à-terre, chacun est happé par cet univers planant qui le métamorphose en une particule élémentaire de cette constellation.

On l’a bien compris, l’improvisation constitue le fil rouge de ce spectacle « unique » (dans toutes les acceptions du terme) qui se déroule au rythme des échanges produits par la présence des particules humaines rassemblées, là, le temps d’une « traversée » des Arts ; elle est l’accélérateur réalisant l’alchimie d’où émerge cette composition née de l’imaginaire des artistes et du public dont la seule présence vaut pleine participation.

Eric Bernard, directeur de cette manifestation et créateur de cet événement, en réitérant sa confiance au collectif Matanicola (dont la précédente performance, « Versus », avait été donnée sur le toit de cette même base sous-marine, lors des «Grandes Traversées » 2011) inscrit résolument Bordeaux au rang des métropoles européennes ayant prêté leur site à l’expression de ce qui constitue l’avant-garde de l’Art Contemporain : après une usine désaffectée de Berlin, des clubs underground, un parc médiéval italien et une villa du quattrocento, c’est au tour des fascinants bassins à flots d’être valorisés par cette création.

Mais, « Les Grandes Traversées » ne se limitent pas aux valeurs de l’underground ayant déjà droit de cité : en tant que « découvreur », Eric Bernard tient en effet à créer une synergie entre les artistes déjà reconnus et ceux de la scène émergente locale. C’est dans ce cadre, qu’un jeune metteur en scène bordelais, François Poujardieu, a pu présenter sa création, « Végétal », qui en se situant à la croisée de différentes approches (théâtre, musique, électroacoustique, art plastique et vidéo) a convoqué les cinq sens pour rendre sensible son propos sur le processus vital de métamorphose.

On pourrait reconnaître là une vision métaphorique de l’Art qui, pour échapper à toute tentation de fossilisation, se doit d’être toujours en mouvement, au bord de la rupture d’équilibre, afin d’explorer, toujours et encore, des pistes inconnues, seules garantes d’une créativité vivante.

Yves Kafka

Photos : 1 /photo Pierre Planchenault  2/ DR / Copyright Collectif Matanicola’s

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives