TRIBUNE : NE VOUS INDIGNEZ PLUS, GARDEZ VOS FORCES

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TRIBUNE : la Tribune d’Alice Popieul.

Poème : Ne vous indignez plus, gardez vos forces.

L’étonnant avec le néolibéralisme, c’est qu’il développe des maladies auto-immunes. Il est son ennemi le plus impitoyable. Par extraordinaire, ce détail semble échapper aux fervent défenseurs du capitalisme dans sa forme la plus contemporaine… sans quoi des dispositions pour le maintenir -pour le faire persévérer dans son être sous une autre forme – auraient été prises depuis longtemps dans son propre intérêt.

Malgré l’évidente aporie de l’idée-même de croissance infinie, de profit exponentiel, de marge progressive, d’objectifs indéfiniment expansifs, cet Ouroboros continue d’apparaître aux tenants de la Main Invisible comme désirable.
A cela, il fallait s’attendre.
Mais qu’il soit encore espéré comme simplement tenable, défendu avec un acharnement qui confine désormais au désespoir, cela reste un mystère pour la raison. L’autosuggestion du système, le déni méthodique de sa contradiction intrinsèque ne le sauvera pas.

Cet organisme -pour filer la métaphore biologique de ceux qui y voient la manifestation de la noble Nature- a envahi des recoins de nos constructions sociales les plus étrangers aux lois de l’offre et de la demande. On réclame du rendement dans les secteurs de la santé et de la justice, de la compétitivité dans l’éducation et le social. Le modèle entrepreneurial et la frénésie de l’évaluation marchande se sont imposés contre tout bon sens dans des ouvrages humains qui exigent de la lenteur, de la réflexion, des bifurcations permanentes, des fins imprécises, à toujours repenser. Le modèle du produit s’est imposé aux dépends du processus per se, qui est pourtant  une vivifiante promesse de fruits et de stérilités. En éradiquant la désirabilité de l’échec, on a sans doute aboli la possibilité du progrès.

Une partie des travailleurs de l’art qui s’est fait emporter par la puissance de ce fleuve en a longtemps fait souffrir une autre, qui restait cramponnée aux lianes enracinées des nécessités intérieures. C’était le temps de la résistance et du mépris mutuel. Mais bientôt le fleuve déborde tant, qu’il devient flaque, éparpillant partout ses passagers hagards sur un sol détrempé.

Le système travaille déjà contre lui-même et court à sa perte certaine. Il n’y a plus qu’à se retirer, et préparer patiemment ses forces pour la reconstruction.

Alice Popieul

Texte et dessin copyright Alice Popieul 2013 / Inferno Magazine 2013.

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