ON THE ROAD #12 : DE CHABEUIL ET SON FESTIVAL AU BABEL MED MUSIC A MARSEILLE

A CISSOKO & V GOETZE

ON THE ROAD (with truck) – #12 : La chronique nomade des scènes alternatives et des musiques actuelles de Pascal Salles.

… Voilà, je suis de retour, il suffisait de me laisser le temps de souffler. Il s’en est passé des choses depuis ma dernière rubrique alors installez-vous confortablement et je vous raconte à ma manière, comme d’hab !

Vers le 01 Mars… Après un petit mois de repos sans sorties, j’ai des fourmis dans les oreilles et envie de me frotter à du son. Ça tombe bien, les petits gars de TCHALE, groupe venant du Bénin sont à portée des roues du camion… Direction le café du cours à Reillanne ou ça doit se passer. Grosse affluence, ambiance habituelle pour le lieu, je reconnais même des Marseillais sans doute attirés par le bouche à oreille qui commence à fonctionner autour des évènements organisés ici. Ben je comprends vite que ça va être chaud ce soir. Ils nous servent un Afro-Beat avec toute la rythmique nécessaire sur des mélodies qui arrivent à fusionner le bon vieux Mississipi-blues et les chants Africains. Juste ce qu’il me fallait. Ça dure trois bons quarts d’heure avant une petite pause… Et à la reprise, ils reviennent vers des choses plus attendues, Zouk, Biguine, … Dommage mais pas grave, c’est un groupe jeune et ils vont forcément évoluer. A bientôt donc.

Samedi 09 Mars… Pour cause forcément perso, cette année Chabeuil va se limiter à une seule date. On arrive sur les lieux le samedi en début d’après-midi donc… Hum changements. Le village de yourtes qui avait ses habitudes dans la cour de l’école toute proche a disparu, disparue également l’équipe des fabricants de billes, Marion Barras la photographe ambulante ou Siméon le voyant extrêmement lucide…Autre absent, le gars Aussibal qui jusqu’à présent faisait toute la déco et l’animation à l’extérieur avec la mise à feu de la mascotte du festival, dans le genre « Burning Man » le dernier jour. Bien sûr, il y a d’autres trucs à la place mais moins d’inventivité. Est-ce que le festival perdrait de sa fraîcheur ? Non, il semblerait qu’il manque juste un peu de cash et de compréhension mutuelle avec les voisins. C’est con, ça doit être possible d’accepter disons 200 camions et caravanes avec leurs occupants une semaine par an. Bon et le programme des réjouissances ça commence quand ?

J’y arrive. Alors plutôt que de trainer au bar en attendant les potes, on va s’assoir dans la yourte de la compagnie « La Valise» pour voir la dernière des « Reliquats », spectacle mêlant acteurs et marionnettes, machineries et bouts de ficelles, ombres et lumières, artistes et public. Dans une ambiance ténébreuse, une vieille reine aveugle et son chambellan tout dévoué vont tenter de reconstruire l’histoire de leur royaume disparu… Et c’est du public que viendra la lumière qui va dévoiler le passé et donner envie à nos deux héros de le changer… Si ce n’était pas la dernière, je vous conseillerai d’aller le voir. Mais n’ayez aucune crainte, ils ont déjà d’autres choses à conter alors ne les ratez pas. Rêves et poésie sont du voyage.

Entre temps, les choses sérieuses se sont mises en place. On rencontre enfin les incontournables du lieu et on se rend compte que nous aussi maintenant on en fait partie… C’est comme ça Chabeuil. PARTICIPATIF !

D’ailleurs, j’y pense, allez jeter un coup d’œil aux photos de l’ami Ilsen, photographe, il traque tout ce qui bouge ici depuis le début… La suite de la soirée est beaucoup plus musicale…

Ça commence avec Lalala Napoli, résultat de la rencontre de François Castiello, accordéoniste de Bratsch et du groupe No Mad. Mélancolie, danse ou rêverie. Il y en a pour tous. Curieusement pas trop pour moi. Mais techniquement, rien à dire. Ensuite, moment de fusion Jazz & percus avec Imperial Pulsar. Rencontre des deux sax d’Imperial Quartet avec Ibrahima Diabate et Ali Diarra percussionnistes Maliens et Burkinabé. Bon, je vais pas la jouer cool, tout le monde il est beau et gentil. De toute évidence, ils n’ont pas encore trouvé la bonne carburation pour leur fusion ! Les sax semblent en retard systématiquement et du coup l’ensemble fait bien brouillon entendu depuis la salle. Eux ont l’air de s’éclater, n’aurions-nous pas le même son ? … La soirée se termine avec Mahala Rai Banda orchestre Tsigane originaire de Bucarest. Du bon et du moins bon lorsqu’ils partent sur les standards d’Abba ou Madonna… Inégal donc. Bon ben ça ne va pas nous empêcher de revenir l’an prochain… 2014 ce sera la dixième pour le festival « entre les mondes » et la dernière pour la direction actuelle de l’évènement. Et d’après les bruits en coulisses, ils ont bien l’intention de se lâcher et mettre la barre bien haut avant de passer la main…

MOUNIRA MITCHALA

Jeudi 21 Mars… Marseille nous revoilà. Cette année, pour se faire une idée, le camion pose ses roues au festival BABEL MED MUSIC au Dock des Suds.

Groooooosse programmation, des concerts non-stop sur les quatre scènes de 19h00 à 2h00 du matin, marché pro ou va se décider ce que vous entendrez cet été dans les festivals, conférences, projections… Du lourd donc qui va nous changer des lieux investis, des trucs improbables, du plein air bricolé, des bandes de potes qui osent organiser un truc et du cœur de la musique de bohème. La contrepartie c’est que je pourrai vous parler de choses que vous pourrez aller voir facilement. Sans risques supposés. Quoi que…

La première soirée commence avec COETUS, formation Espagnole emmenée par Eliseo Parra, compositeur musicologue. Orchestre de percussions Ibériques qui se propose de nous faire vivre un voyage initiatique et résolument moderne vers les musiques traditionnelles de la péninsule. Vous devez commencer à me connaître depuis le temps… Je n’ai rien contre les initiations mais pour le coup, c’est un peu trop savant et pas assez vivant. Alors les puristes peuvent aller voir, ils seront ravis d’entendre la prestation de Mr Parra.

Deuxième scène, The ALAEV FAMILY. Trois générations de musiciens originaires du Tadjikistan et installés à Tel-Aviv. Cocktail explosif de Klezmer, musiques tsiganes et Indiennes. Ça bouge, ça vit, ça cause aux oreilles et à la tête, ça fait bouger les jambes et le corps. Et en plus, ils ont l’air content de donner et sur scène, je vois des gens libres. Ça, ça fait du bien. En bref, belle découverte que je vous invite à partager dès que l’occasion se présentera.

Après ça, il fallait être bon. VINICIO CAPOSSELA et sa formation le sont bien sûr mais ce soir, ils sont arrivés juste après la famille Alaev ; et sur scène, même si le son qu’ils nous proposent est bon, il manque quelque chose, une énergie, une vibration, un déclic.
Comme une transition avant d’aller voir la suite attendue, passage par la scène du cabaret pour écouter JOAQUIM DIAZ, accordéoniste Dominicain. Du Latino roublard, étincelant et chaloupé. A l’aise sur cette petite scène comme taillée sur mesure. Juste un détail qui me chagrine, pourquoi proposer ce genre de concert dans une salle avec des fauteuils ? ça file envie de bouger cette musique.

Le téléphone Tchadien ayant fonctionné au bar, il ne fallait pas manquer MOUNIRA MITCHALA sûrement future Diva Africaine. Une voix étonnante, une présence sur scène bien réelle malgré un dénuement apparent. Son Folk Blues Africain devrait réjouir bien des afficionados du genre et qu’importe finalement si de temps en temps, le coté Africain a tendance à disparaître… ça ne doit pas être si facile de chanter pour UNE artiste du Sahel, si en plus ça fait hièch des crétins. Respect.

Il était temps pour nous d’aller prendre une bière bien méritée après toutes ces expérience lorsque des basses sortie de la scène Watt ! du festival nous tirèrent par la manche… Bière vite avalée, clope vite fumée et c’était une sacré bonne idée.

Les basses, c’était un des trucs les plus excitants de la soirée. WILAYA 49. Rencontre des Marseillais du Watcha Clan, de Raashan Ahmad et des tchatcheurs Oranais de T.O.X, Fada Vex et Machine gun. Electro, drum’n bass, musique nord-Africaine. C’est d’une évidence rare. Sur scène, le spectacle est partout, irréprochable. C’est là que se joue la musique méditerranéenne de demain. Fusion des deux rives de la mer, mélange des langues, Anglais, Français, Arabe, Hébreu. Sans renier les racines mais d’une incroyable modernité. Là, maintenant, j’ai l’impression d’être à Babel. Merci Wilaya 49.

Pour terminer la soirée, un retour au calme avec les Canadiens DE TEMPS D’ANTAN… Rien de terrible mais ça a permis à mon beat intérieur de se calmer…

Vendredi 22 Mars… Le Babel Med continu… Nous avec et on a raison parce qu’il continu de fort belle manière. Dans la grande salle des sucres, Monsieur ABLAYE CISSOKO et son compère VOLKER GOETZE vont nous faire passer un pur moment de grâce. Là ou d’aucuns vont donner de l’énergie de la manière la plus abrupte qui soit (je ne dis pas que j’aime pas hein), eux vont tisser délicatement des lignes mélodiques entre la Kora Africaine et la trompette Allemande et amener le public hors des contraintes temporelles dans un silence quasi religieux. Deux hommes da ns la plénitude de leur art qui vont faire comprendre en quelques notes, quelques mots, que c’est beau d’être noir.

On sort de là les pieds à dix centimètres du sol et on arrive sur la scène du chapiteau ouest au moment ou une voix suave au fort accent slave annonce l’arrivée des DUBIOZA KOLEKTIV en nous invitant à les traiter de tous les noms et à leur balancer ce qui traine pour qu’ils se bougent. Originaires de Sarajevo, ils vont nous sidérer avec un répertoire traditionnel arrangé à la sauce punk/hip hop/ska/ragga. Une bonne heure d’énergie brute. Pas de temps mort, pas de répit, pas de gras, comme j’aime, crochet à la machoire suivi d’un uppercut ! Le reste de la salle aussi de toute évidence. Parce-que leur énergie à revendre ben eux, ils la donnent sans compter. Une musique de fête quoi.

Suite à ça, on reste un peu à discuter au bar, dehors, pour se rafraîchir les idées. Comme toujours dans ces moments-là, une belle rencontre, des échanges d’idées, de rêves, d’expériences… OK, les concerts c’est fait pour écouter du son… mais pas que.

Retour à la salle des sucres pour voir les attendus BLACK BAZAR… Formation de RDC qui souhaite redorer le blason de la rumba Congolaise qui s’est perdue depuis belle lurette dans les composants électroniques des machines… Ils font mieux que le redorer le blason !
Un pur moment de fête et de bonne humeur. Encore une fois, de l’énergie à foison, des sons étincelants, une rythmique implacable et cette sorte d’évidence dans le déroulement du set qui est la marque des grands…

Pour terminer sur Babel Med, juste un clin d’œil en passant… Dans la journée, sur le vieux port, nous avons croisé un groupe de jeunes avec un éducateur… 14/15 ans, les mecs qui font les loulous, les jeunes filles effacées et les cheveux couverts ; Et vendredi soir, surprise, ils sont au festival ! Ce sont des collégiens de l’école Serge CREUZ de Bruxelles qui viennent en voyage scolaire découvrir le monde méditerranéen. Forcément curieux, je les ai un peu « traqués » de manière discrète… Désolé les jeunes.

Ben dans leurs regards sur ce qu’ils découvraient ce soir, il y avait des grandes choses. Des fantasmes, des espoirs, la possibilité d’une vie différente, la prise de conscience de la force et de la richesse que peuvent donner la confrontation de cultures différentes. Ils sont venus avec la crainte de déranger ou de n’être pas à leur place et le soir, à mon avis, ils ont fait des rêves de Princes. Bravo à ceux qui ont permis que ce soit possible.

ça y est, il est fini le mois de Mars… Et alors quoi, on se quitte comme ça ?

Bien sûr que non, le mois de Mars, avec toutes ses scènes, de la plus petite à la plus grande, il nous rappelle que le spectacle vivant est une « entité » trans-genre… Théâtre, danse, concerts… Dans tous les cas, il y a des artistes qui bougent sur une scène, une chorégraphie… Dans tous les cas, il y a une musique ; à minima lorsque c’est le son d’une voix et à maxima lorsque c’est un philarmonique… Dans tous les cas, cet ensemble est là pour porter des idées, des émotions, des révoltes parfois… Alors cessez de construire des barrières et des frontières pour délimiter des territoires et des chapelles… Le spectacle vivant est un tout, et il n’en existe pas de plus ou moins nobles.

Voilà, maintenant il est fini ce mois de Mars. On va se retrouver en Avril pour de nouvelles aventures et en attendant, sortez-vous bien.

Pascal Salles

TCHALE : http://fr.myspace.com/tchaleafro
CHABEUIL : http://www.rencontresentrelesmondes.fr/le-festival/edito-2013/
Compagnie LA VALISE : http://www.lavalise.org/spip/
ILSEN TABERE : http://www.flickr.com/people/ilsen/
LALALA NAPOLI : http://fr.myspace.com/_lalala_napoli
IMPERIAL PULSAR : http://www.myspace.com/imperialquartet
MAHALA RAI BANDA : http://www.myspace.com/mahalaraibandaofficial
BABEL MED MUSIC : http://www.babelmedmusic.com/
COETUS : http://www.myspace.com/coetusiberica
ALAEV FAMILY : http://alaevfamily.com/
VINICIO CAPOSSELA : http://viniciocapossela.it/
JOAQUIM DIAZ : http://www.joaquindiaz.com/
MOUNIRA MITCHALA : http://fr.myspace.com/mouniramitchala
WATT ! : http://www.amicentre.biz/KHEPER-WATT-creation-MP2013-en.html
WILAYA 49 : http://www.mp2013.fr/watt/wilaya-49-algerie-france-usa/
DE TEMPS D’ANTAN : http://fr.myspace.com/detempsantan

ALAEV FAMILY

BLACK BAZAR

WILAYA 49

Visuels : Photos Pascal Salles / dans l’ordre d’apparition : A. Cissoko et V. Goetze, Mounira Mitchala, Alaev Family, Black Bazar, Wilaya 49 / copyright Pascal Salles / Inferno Magazine 2013.

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