WELCOME TO ANIMAL PARADISE

4522_Accident_de_chasse-2012-moulage_resine(c)Pascal_Bernier

Welcome to A N I M A L P A R A D I S E / Divers lieux, MP2013 / jusqu’au 12 octobre 2013.

L’avantage d’une expo qui dure des mois n’est pas liée uniquement à sa longévité, elle autorise de par sa durée des repentirs, la faculté de se retourner ou de revenir vers des oeuvres passées trop vite. L’éclatement en plusieurs lieux permet et pousse à des pérégrinations. La plateforme Ouest Provence des Arts visuels qui a monté cet événement est constituée de plusieurs entités partenaires dédiées à la diffusion : Grans, Miramas, Fos, Istres, Saint Chamas, Port Saint Louis du Rhône. Donc un périmètre de quarante kilomètres.

Nous nous proposons de feuilletonner les différents lieux-étapes de ce caravansérail dédié à l’animal. Le bestiau dans toutes ses conditions : de compagnie, de chasse, menaçant, servile, amadoué ou teigneux. Le mystère de notre voisinage est ici et là décliné avec de nombreux bonheurs tel le gorille motorisé ou les caïmans stylisés de Lionel Sabatté qui ouvraient la manifestation sur le parvis du marché à Istres.

A signaler l’originalité du petit livret édité à l’occasion : rien du catalogue pompeux ou du registre de l’arbitrage des élégances ; concis, alerte, il appartient à la catégorie du carnet de notes, à l’agenda foutraque et pourtant raisonnable ; format poche, il se consulte facilement, ne se veut en rien exhaustif : guère possible d’en arriver à bout (il n’est pas toujours très clair, ainsi il s’avère difficile d’identifier les auteurs d’une oeuvre et d’attribuer à voyelle ce que consonne a débité).

Le mini-catalogue d’Animal Paradise est en lui-même une oeuvre.

L’approche du thème des expositions itinérantes est de deux ordres : la vénération (il est question de sublimer la fascination) ou l’assimilation (par dérision ou coquetterie). Jamais neutres, guère notres, les animaux totémiques élus rencontrent des fortunes diverses : le dessin extrêmement vériste et méticuleux de Daniel Otero Torres qui évoque au crayon des postures hyperréalistes de cavaliers et un dos tatoué par une Méduse, les chumières mutantes et espiègles d’Antoni Gagliardi ou Lionel Sabatté, la raffinée prestation de Gloria Friedmann qui construit une scénographie de légende proche de l’univers de Lars Van Trier ou de contes moyenâgeux les plus touffus. Sont sollicitées l’angoisse, l’effroi, l’admiration ; la complicité que nous pouvons avoir avec des espèces autres nous mène paradoxalement à un sentiment d’étrangeté : sommes-nous bêtes à ce point ? Dérision, magie, la puissance des imagiers nous mène sur les terres d’enfance qu’Hölderlin définit de façon sompteuse : « c’est quand son signe est égal à zéro que le fond caché de toute la nature apparaît dans son don le plus fort. »

Par temps de pénitence, l’on fouette son cocher ; si on ne l’entend pas braire, c’est qu’il est occupé ; s’il va plus vite et saute les étapes des relais, c’est qu’il ne craint plus la chute dans le précipice des présupposés.

Les animaux ne nous disent rien que nous ne connaissions déjà. Ils ne sont pas à notre échelle, à notre image, nous échappent. Pour les beaux jours, ils se parent, par mauvais temps, eux qui ne savent déplorer, endurent les intempéries et restent à l’abri. Ce geste sans conséquence entraîne attirances et rétractations : on retire à l’animal son libre-arbitre – n’ayant pas conscience de sa finitude, que fait-il à se battre de façon acharnée pour sa survie ?- pour l’impliquer dans des histoires qui ne sont pas les siennes. La taxidermie (l’art d’empailler de belles pièces de gibier) nous renseigne sur le caractère déshérité de notre affiliation à d’autres espèces vivantes. Aucune parité ou parenté ne nous soumettra à un ordre des choses par classements ou séquençages : l’animal qui ne sert à rien est banni jusque dans l’imaginaire où il joue alors un rôle de repoussoir, d’emblème ultra-sophistiqué ou archaïque.

Les artistes célèbrent cet écart.
Venez nombreux vous nourrir pendant quatre mois d’un florilège ou bestiaire amoureux.

Emmanuel Loi

Photo : Pascal Bernier, accident de Chasse, moulage résine, 2012.

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