« WHAT WE ARE SAYING » AUX TRANSAMERIQUES : EBLOUISSANTE AME HENDERSON !

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Envoyé spécial à Montréal.
FESTIVAL TRANSAMERIQUES Montréal / What we are saying : Ame Henderson/public recording / 1 au 3 juin centre phi, Montréal.

Si il y a peu de temps Slavoj Žižek a clamé devant les indignés au parc Zucotti : « Nous n’avons pas les mots pour exprimer comment nous ne sommes pas libres », Ame Henderson quant à elle propose une expérience chorégraphique, visuelle d’une infinie beauté qui révèle ces chaînes au demeurant indicibles.

La pièce s’inscrit en continuité d’un questionnement utopiste, en lien direct avec le mouvement Occupy. Elle mesure la possibilité qu’ont les individus d’exister à l’unisson, ayant le désir de reconnaître les différences subtiles et vastes de chaque individu. Les fers qui nous maintiennent corps et âme au sentiment d’un destin d’exploitation subi, achoppent à « what we are saying ». En cela la chose produite nous dépasse totalement. Cette utopie parvient à prendre forme et chair, construisant un nœud émotionnel fort autour de deux sensations principielles : liberté et ferveur.

Cela s’attache aux danseurs et aux spectateurs, comme la lueur au phosphore. Il est vrai, ça nous consume, nous déroute, mais donne à voir quelque chose du domaine de la splendeur. On plane tout du long navigant dans le domaine de l’irréalisé. Ce langage insatisfait, qui cogne et sonne obstinément en nous est repensé dans son ensemble et gagne à ne plus être lui, il défait entièrement des codes usuels. Chaque mouvement chorégraphique, chaque parole prononcée, chaque déplacement individuel s’inscrit directement à l’intérieur d’un tout cosmique, fondé sur la capacité partagée de créer de nouvelles formes de relations sociales. Les subjectivités s’affirment et s’engouffrent instantanément comme par enchantement à l’intérieur d’une communauté artistique utopiste dans laquelle on rêverait de vivre. On goûte à « What we are saying » comme à une espèce de délice suspendu par-delà le monde de la domination.

L’entrée dans salle, les chaises organisées d’une manière anarchique rappellent qu’il est possible de vivre ensemble et de se laisser envahir par autrui, en lui reconnaissant une égale capacité de pensée et d’action. Ensuite les limites entre les acteurs et spectateurs se dissipent et finissent en un chaos verbal fascinant. Evidemment il y a d’un coté ceux qui se lèvent, parlent, se muent, usent d’objets aux sonorités improbables mais ils agissent en tant que spectateurs. Leurs paroles et leurs mouvements nous font reconnaître et comprendre les nôtres.

C’est précisément par cette reconnaissance qu’Ame Henderson atteint son public, l’âme, avec tant de profondeur et de persistance. On mesure là ce pouvoir qui est propre à chacun : contempler une pièce tout en faisant partie intégrante de celle-ci. Les différences existent, elles coïncident parfaitement au sien de cette assemblée roborative. Corps utopique à la fois visible et invisible, enfant et adulte, ici et ailleurs. Les contraires y cohabitent sans contradiction.

On vit un moment inouï d’évasion, de délivrance. Ame Henderson écrit « What we are saying » à un moment où la performance sent furieusement le factice et le renfermé ; elle montre l’urgence de la faire à nouveau toucher terre et poser simplement sur le sol de l’utopie un pied nu.

Quentin Margne

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