« OUTRAGE AU PUBLIC », AUX TRANSAMERIQUES : LE STADE DU MIROIR…

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Envoyé spécial à Montréal.
FESTIVAL TRANSAMERIQUES, Mopntréal : « Outrage au public » / Texte: Peter Handke / Concept et réalisation: Christian Lapointe / Du 3 au 7 juin 2013.

L’une des pentes qu’emprunte facilement le théâtre contemporain est d’afficher un esprit nostalgique. Ces mises en scène déclarent ainsi inlassablement que quelque chose est absent, oublié, dénaturé. Derrière ce culte mélancolique d’une perte de tout ce qui peut avoir une valeur absolue, il y a finalement un constat accablant : nous sommes en train de perdre le présent lui-même. Peut-on encore aujourd’hui parvenir à sentir, accueillir, l’intensité du moment présent ? Ou bien doit-on se contenter de dire que la contemporanéité elle-même fait défaut ?

Christian Lapointe en mettant en scène « Outrage au public » de Handke, a choisi de tendre au public sa propre image sur un écran filmé en temps présent et de faire entendre le texte via deux voies préalablement enregistrées. Les psychanalystes déjà avaient remarqué une certaine jubilation chez enfants lorsqu’ils se regardent bouger dans le miroir. C’est exactement ce qui se produit pendant près d’une heure avec «outrage au public», on est infantilisé jusqu’à l’écœurement, malgré l’habitude que l’on a prise de l’être de plus en plus.

Pour l’occasion, nous retombons au tout commencement, on revit ce que Lacan a pu appeler « le stade du miroir ». Juste avant qu’il y ait pour soi et les autres, compréhension de son image spéculaire. Un stade qui consiste à reconnaître pour sienne dans le miroir une apparence visuelle… Jusqu’au moment où l’image spéculaire intervient, le corps de l’enfant est une réalité fortement ressentie, mais confuse. Lorsqu’il reconnait son image dans le miroir, il apprend en même temps « qu’il peut y avoir un spectacle de lui-même », formule de Lacan.

Par l’image projetée ainsi devant lui, le public devient capable d’être spectateur de lui-même. Il acquière une image spéculaire et s’aperçoit dans la foulée qu’il devient ainsi visible pour lui et pour les autres. Ainsi tout ce qui se produit est d’un crétinisme enfantin accompli. Le texte lui, sous ce régime narcissique, évoque un « fait-pas-ci-fait-pas-ça » qui n’appelle qu’à une transgression puérile de la part des spectateurs les plus audacieux.

A la fin de cette pièce, qui peut séduire et fasciner tant elle reste d’une radicalité efficiente, on voit le film du début de la captation, l’entrée dans la salle. On voit ainsi disparaître son image morte, on sourit et on sort finalement nostalgique de cet outrage.

Quentin Margne

Photo Sylvio Arriola-Lowres

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