MONTPELLIER DANSE : « MINUTE PAPILLLON », DE ET AVEC DENIS MARIOTTE

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FESTIVAL MONTPELLIER DANSE 2013 : Minute Papillon de et par Denis Mariotte / 22 juin – 6 juillet 2013.

Denis Mariotte est un personnage à part dans le milieu de la danse contemporaine : venu du son, il est petit à petit devenu co-créateur des derniers spectacles de Maguy Marin. Le voici maintenant qui crée seul et se met au premier rang d’un spectacle : Minute Papillon, présenté en première mondiale pour le festival Montpellier Danse 2013.

Hormis le fait que la pièce tombe dans les écueils habituels de la danse contemporaine (une ambiance tourmentée et un tel mélange des genres que l’on en oublie la danse), on assiste à une proposition forte et très réfléchie.

Au premier coup d’oeil, on découvre une scénographie de panneaux blancs placés en perspective, avec des rues en ouverture sur les coulisses, bref un décor du théâtre classique à l’italienne ! Au fond, trône un piano droit dont Denis Mariotte commencera par jouer un morceau tout à fait classique. L’œuvre d’art est posée en quelques instants. Le suite du spectacle s’attachera à détruire cette petite musique sympathique et à nous poser la question de la persistance de l’œuvre dans notre esprit et dans celui de l’artiste.

Le piano continue de jouer seul, comme si l’œuvre d’art existait par elle même, sans la nécessité de l’homme-artiste. Plus le spectacle avance, plus les moments sonores sont saturés de sons extérieurs, mais la petite sonate agréable du début continue de résonner en fond et persiste à nous parvenir.

L’Œuvre se décline sous toutes ses formes : sonore, visuelle, plastique… Une foultitude de tableaux identiques représentant un paysage bucolique sont placés sur les panneaux, comme si la persistance rétinienne du spectateur était mise à mal par les jeux de lumières violents et réguliers. On pourrait y voir une certaine opposition entre le matériel, reproductible à foison, et le corporel, instant unique de la représentation du spectacle vivant.

De temps en temps, un clone de l’artiste, figue du Dieu créateur, surplombe l’espace. Mais ce Dieu n’est qu’une copie en carton-pâte qui s’effondre vite : Dieu est mort, il n’est plus le véritable responsable : c’est le regardant qui fait le tableau. A nous, spectateurs, d’y voir ce que nous voulons, les codes n’étant plus clairement exposés et les actions étrangement enchaînées. Chacun doit se créer sa propre histoire, y coller son propre monde, et le spectacle se fait à deux : l’artiste et moi.

Après avoir posé le thème, la pièce enchaîne les variations sur la thématique de la création et de sa persistance dans l’esprit de l’artiste et du spectateur : Denis Mariotte se retrouve sur un fil tendu au dessus du vide (ne faisons pas dans la dentelle, ici le fil est un grosse échelle de chantier), les chiens aboient, l’artiste tombe le masque…

Une des dernières images : l’artiste peint en rouge sang fait l’amour à son double mannequin. De cette orgasme narcissique naît une création sonore, œuvre exigeante et pure qui, même si elle naît dans la destruction, arrive à ses fins : représenter le monde et toucher la sensibilité du spectateur.

Le plateau finit complètement détruit : l’espace intérieur de l’artiste s’effondre malgré la volonté de Mariotte de garder le cadre intact. La création éclate mais se façonne en même temps : il aura laissé un beau cadavre d’œuvre.

Bruno Paternot

Conjointement au spectacle, une combinaison d’installations est visible du 1er au 6 Juillet, toujours dans le cadre du festival.

http://www.montpellierdanse.com

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