RAIMUND HOGHE « CANTATAS » : DANS NOS PETITS SOULIERS

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FESTIVAL MONTPELLIER DANSE 2013 : Raimund Hoghe, Cantatas.

« Il y a les fans de Rihanna et les fans de Raimund Hoghe » disait Jean-Paul Montanari, le directeur de Montpellier Danse, lors de la conférence de presse. Et c’est vrai. Au fil des ans, le compagnonnage sans faille du chorégraphe avec la programmation Montpellieraine à créé un effet d’attente à chaque nouvelle proposition de Raimund Hoghe, ancien dramaturge de Pina Bausch, aujourd’hui danseur, chorégraphe et directeur artistique de la Hoghe&Schulte GBR.

La création Cantatas est dans la ligne droite des précédents spectacles : beaucoup de musiques très connues, un geste chorégraphique précis et minimaliste et du temps, beaucoup de temps.

S’il n’y a pas beaucoup de danse (ce qui a pu dérouter une bonne partie du public venu grçace à un choix de photos assez alléchant), il y a indéniablement chorégraphie. Toute la pièce repose sur une écriture des corps sur le plateau extrêmement précise et touchant au sublime. Et quel plateau ! En 2010, pour son spectacle Si je meurs, laissez le balcon ouvert, le chorégraphe avait déjà réuni une bonne partie de l’équipe présente, notamment Marion Ballester et Emmanuel Eggremont, deux danseurs époustouflants qui allient maîtrise corporelle, présence scénique et ce petit quelque chose (qu’on doit appeler supplément d’âme ?) qui rend leur performance inoubliable.

La pièce est en deux parties, coupée par un entracte. Si la première semble raconter le mouvement incessant de la vie, la seconde se pose pour jeter un regard sur cette vie en passe de se finir. Le tempo adagio et la réduction a minima du mouvement donne à ce spectacle, qui se déroule comme une sémiologie de l’âme, un caractère respectueux et lyrique.

La scène s’ouvre sur chaque danseur qui vient se mettre dans la file, qui avance en tour sur les bords de la scène. Chacun fait un petit stop dans la marche incessante de la vie, un petit pas de côté pour réaliser SON geste, SA phrase chorégraphique jusqu’à la quintessence. Tout au long, l’œil du chorégraphe, démiurge bienveillant, ausculte ce qui se passe, donne son aval, apporte ou renvoie les corps. Plus que les corps, se sont les souffles qui vivent et que l’on entend si bien entre les morceaux. La musique est surtout là pour ça : permettre l’extrême silence entre les morceaux.

Outre la musique, les chaussures ont une place prépondérante dans l’œuvre du fétichiste Hoghe. On les met, les enlève, les porte avec dignité et déférence.

Toutes les formations se présentent à nous : le groupe, le seul, le seul à deux, le duo ou le trio. Si l’intime de l’être s’explore à chaque instant des trois heures que dure le spectacle, les scènes de chœur sont très fortes et denses : on avance, on recule, on communie ensemble.

Le temps d’un entracte a passé et revoilà les jolies musiques. Mais cette fois-ci, c’est le temps des hommages et des retrouvailles. La bande de Droopy majestueux (à l’image du créateur) reprend son cours et la ronde vitale qui encercle la scène se renouvelle, inexorablement. On se remaquille, se parfume et se coiffe pour être beau quand sonne le Requiem.

A la fin, les corps passagers se retirent de la scène, ne restent que les chaussures

Bruno Paternot

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