JAN FABRE : « LE POUVOIR DES FOLIES THEÂTRALES », UNE OEUVRE D’UNE PUISSANTE CONTEMPORANEITE

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FESTIVAL D’AVIGNON 2013 : Jan Fabre : Le Pouvoir des Folies Théâtrales / Opéra-théâtre / 15 et 16 juillet 2013

Jan Fabre était de retour ces 15 et 16 juillet pour trois représentations exceptionnelles de son « Pouvoir des Folies théâtrales », oeuvre créée en 1984 à la Biennale de Venise, et reprise spécialement pour la dernière édition de la direction Baudriller-Archambault. Une immersion de 4h.30 dans l’univers fabrien, tel qu’il l’a posé à l’époque de la création remarquée de cette oeuvre puissante et révolutionnaire, qui n’a rien perdu de sa vitalité encore aujourd’hui. Artiste total, Jan Fabre crée des oeuvres complexes, nourries de ses nombreuses références à l’art, la philosophie, l’esthétique, l’histoire du théâtre… Comme dans cette pièce magistrale qui revisite le théâtre en une performance-marathon d’une extrême contemporanéité.

« Le pouvoir des folies théâtrales » commence par sa fin, par des applaudissements venus des acteurs. Un mur vivant se dresse devant notre regard, il est composé d’une multitude de dos en extase devant une toile qui pour l’instant reste vide d’images.

Témoin de cette cérémonie, de cet enthousiasme à l’égard de la grandeur antérieure du théâtre, on s’interroge sur ce qui fait l’être même du théâtre, ce qui perdure au travers du temps, au-delà des apparences : froufrous, dorures clinquantes, salles éblouissantes, assemblée apprêtée. Le cadavre du théâtre dix-neuvième siècle et vingtième siècle se délite sur scène. Il se répète et s’enorgueillit inlassablement, autour des mêmes pièces qui ont su faire date dans l’histoire du théâtre.

On dit ainsi adieu, en une ode qui oscille entre éloge et pamphlet, aux codes théâtraux de la représentation mis en oeuvre par et pour l’esprit Bourgeois. Ainsi exposé, éternisé, on regarde la symétrie, la couleur de ce théâtre devenu mort, car muséifié et hautement gardé. Une actrice s’acharne d’ailleurs à pénétrer sur le plateau, mais tout accès lui est refusé. Elle court avec une ferveur proche du désespoir, de gauche à droite au niveau de l’orchestre, à la limite de la scène, et lorsqu’elle parvient enfin à trouver une brèche dans l’espace, elle s’y engouffre et finit par se cogner violemment à un homme, une sorte de barrière scénique inviolable. Ce n’est qu’à la suite de sa réponse à l’énigme sans cesse répétée « 1876 ? » – en mentionnant la date de la première de « L’Anneau du Nibelung » de Wagner, que l’accès à la scène, au berceau du simulacre, lui sera accordé.

Notre sensibilité est happée par ce jeu d’entrées et de sorties. La prise de pouvoir sur scène s’effectue en échange d’un savoir inestimable. Cependant, on ne peut commettre l’écueil de concevoir le passage d’une théâtralité à une autre, par le biais unique de références en lien avec un héritage culturel déterminé. Si Jan Fabre met en scène le bousculement des configurations de la représention, il y parvient uniquement au travers de changements radicaux à l’endroit même de notre matrice langagière. La radicalité ainsi se déplace et se bonifie au fil du temps et de la représentation. Elle emploie tous les outils symboliques à disposition. Les mouvements chorégraphiques dialoguent avec des projections de peintures maniéristes ou encore néo-classiques, visibles en toile de fond. Dès lors une chose devient remarquable, qui réside dans la capacité qu’a « Le pouvoir des folies théâtrales » à faire émerger, avec un dialogue restructuré, de nouveaux modes de représentation, au sein même de l’histoire du théâtre. Certes, de nombreuses scènes dévoilent la force persuasive qu’a le pouvoir, lorsqu’il tente de limiter ce désir de réappropriation du langage, en lui imposant une discipline et un système totalisant, mais cela parvient à être déjoué dès l’instant où la folie entre en jeu, et fait de la scène son autel. Une folie qui explose, déroute à tout moment, mais qui dans ce mouvement général, se laisse guider par la conscience de son histoire.

Quentin Margne

Theatre performance "The ower of theatrical madness"

Photos copyright TROUBLEYN / Jan Fabre 2013

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