OPERA : DER FLIEGENDE HOLLÄNDER AUX CHOREGIES D’ORANGE

FRANCE-MUSIC-WAGNER

Chorégies d’Orange – Der Fliegende Holländer  (Le Vaisseau Fantôme) / Opéra de Richard Wagner créé à Dresde le 2 janvier 1843. / Représentation du Théâtre Antique d’Orange du 12 juillet 2013. / Direction musicale : Mikko Franck / Mise en scène : Charles Roubaud

Les Chorégies d’Orange célèbrent cette année le bicentenaire de la naissance de Wagner et de Verdi, respectivement avec « Le Vaisseau Fantôme » et « Un Bal Masqué ». Programme anniversaire incontournable ! Mais Wagner attire peu le grand public à Orange malgré la bonne adéquation du lieu avec sa musique. La deuxième représentation de l’opéra prévue le 15 juillet a dû être annulée par insuffisance de réservations.

« Der Fliegende Holländer » (Le Hollandais Volant), intitulé improprement en français « Le Vaisseau Fantôme », semble pourtant être, aux dires de Raymond Duffaut, Directeur des Chorégies, le seul opéra de Wagner susceptible d’intéresser le public des Chorégies sans doute réticent devant l’ampleur et les longueurs des opéras ultérieurs.

C’est un opéra de jeunesse, relativement classique dans la forme par rapports aux options artistiques de l’époque, qui précède la révolution Wagnérienne. L’argument s’inspire d’une légende norvégienne remontant à la nuit des temps : Le Hollandais maudit, erre sans répit sur son navire spectral jusqu’à ce qu’il trouve l’Amour qu’il ne peut rechercher que tous les sept ans en mettant pied à terre. Il rencontre, au cours de l’une de ses rares escales, le capitaine Daland prêt à lui donner en échange de son trésor sa fille Senta qui rêve depuis toujours à ce marin de légende et qui est prête à tout pour lui donner le repos. Voyant Erik à qui Senta était promise tenter de la retenir, le Hollandais, se croyant trahi, lève l’ancre. Senda prouve alors son amour en se jetant dans la mer du haut de la falaise. Le Hollandais, libéré de son sort, rejoint Senda dans l’au-delà dans une rédemption commune.

La musique, d’inspiration romantique, s’appuie sur un leitmotiv évoquant la tempête qui sert de fil conducteur à tout l’opéra. A la baguette, le jeune chef finlandais Mikko Franck peut être considéré comme le héros de la soirée. Dans une direction d’orchestre charismatique et limpide, par des gestes expressifs qui semblent porter la musique, il galvanise l’Orchestre Philharmonique de Radio France dont il a su tirer toutes les nuances de la partition, passant de grandes envolées romantiques à des moments de poésie et d’intimité raffinés que cette douce soirée d’été, sans un souffle d’air, a permis d’apprécier pleinement. On retiendra également la clarté et la précision des bois et des cuivres et un constant équilibre entre l’orchestre et les voix.

Charles Roubaud, fidèle de longue date aux Chorégies, maîtrise parfaitement les difficultés du lieu et signe là une nouvelle mise en scène de qualité. L’immense proue rouillée d’un navire semble surgie du Mur comme d’un océan en furie et s’être fracassée sur la scène dans un chaos de planches brisées. Le reste du plateau est dépouillé. Les différents lieux de l’action sont suggérés par d’habiles projections sur le Mur évoquant une mer déchaînée, des rochers, des intérieurs ou un port. Les décors et les costumes semblent situer l’action vers la fin du XIXème siècle. L’ensemble, du plus bel effet, produit des images fortes, hiératiques, toujours esthétiques. Les jeux d’acteurs, relativement sobres, s’intègrent bien dans le décor malgré une certaine lourdeur dans les déplacements des chœurs, problème récurrent sur cette immense scène.

La représentation d’une durée de deux heures et demie est judicieusement donnée d’un seul trait, sans entracte. Grâce à l’utilisation de vidéos pour les décors l’action est continue, fluide et permet d’entrer totalement dans ce monde légendaire. Les voix sont homogènes, en bon équilibre avec l’orchestre et adaptées à leurs rôles. Ann Petersen est une Senda virtuose, convaincante, qui oscille entre rêve et réalité, entre amour et désespoir. Stephen Milling avec sa puissante voix de basse est excellent dans le rôle de Daland et Agils Silins campe un Hollandais imposant et fantomatique au timbre clair. Son apparition désincarnée et désespérée au sommet de l’imposante proue est impressionnante et constitue un point fort de l’opéra.

Ce « Vaisseau » s’impose donc comme une réussite qu’il est regrettable d’avoir dû limiter à une seule représentation, sans retransmission télévisée. Nous pouvons saluer de nouveau le talent de Charles Roubaud dans ce lieu mythique et difficile mais nous attendons avec impatience que des jeunes metteurs en scène, débordants de créativité, viennent se faire les dents devant le redoutable Mur.

Malgré le fragile équilibre financier des Chorégies qui doivent s’autofinancer en presque totalité, ne pourrait-on pas appliquer la belle devise de Vincent Baudriller pour le Festival d’Avignon : «Il faut donner au Public ce qu’il n’attend pas» ?

JLB

AFP PHOTO / BORIS HORVAT

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